NOTRE REGARD SUR L’ÉMISSION DE NRJ12

Autant notre impatience à regarder cette émission fut grande, autant nous avons voulu laisser décanter nos impressions avant d’en écrire le compte-rendu que voici.

Le tournage en avait été  très agréable, et nous avons eu aussi d’excellentes relations avec la rédactrice en chef, toutes personnes que nous remercions, sans oublier, bien sûr les “invisibles” qui concourent au produit fini, et les intervenants directement visibles à l’antenne.

Quant au contenu, donnons-lui d’emblée notre satisfecit. Mais comme rien n’est parfait (ni cet article), nous devons à nos lecteurs un complément, fondé sur la simple vérité que nous vivons.

LA QUESTION DU REPLAY

Il nous a été impossible de relire l’émission. Code d’erreur 224003, malgré différents essais avec variations de paramètres. Nous essayons de trouver une solution avec la production et la chaîne.

DES DÉSACCORDS

À chacun son format

Certains d’entre vous ont été très satisfaits, d’autres ont préféré le reportage préalable paru sur M6. Nous disons “tant mieux” : puisque chacun des reportages obéissait à des critères différents de durée, de format, de localisation, cette pluralité a permis une réflexion augmentée, ce qui est toujours préférable.

Cependant, l’affaire est si large, si complexe qu’aucune émission d’une heure ne pourrait en faire le tour. Je signale que la simple lecture à vitesse accélérée du jugement par le juge a demandé une heure et demie, sans aucune pause. Et le jugement a passé bien des éléments sous silence !

L’émission s’appelant Héritages, ce cadrage obligatoire a pu gêner certains d’entre vous. Toutefois, surtout dans ce cadre, nous aurions aimé mieux entendre quelques précisions :

  • ‘Que cet héritage (non en cours) n’a rien à voir avec un héritage “normal”, après un décès “normal”,  associé à un conflit intrafamilial comme la deuxième partie de l’émission en présentait un bel exemple.
  • Que l’assassin, Dina Sysoeva, a tué le père de leur fille et en a dispersé les restes, pour recevoir cet héritage, après dix ans de présomption d’absence, par l’intermédiaire de Christina, toujours mineure.
  • Que le clan Sysoev, qui maintient sa pression sur Christina, poursuit le même plan que leur fille Dina, avec les trois mêmes composantes :
    • la haine envers Christophe
    • l’attrait de l’argent de l’héritage dû à Christina,
    • l’omniprésence de l’amant français, Olivier, dont le prénom a été prononcé, comme il l’est ouvertement dans les émissions russes, le nom en plus.
  • Et que ce comportement toujours affirmé, n’a rien à voir avec un “scénario de Barbara” comme un commentateur l’a maladroitement énoncé. Les seuls scénarios de l’affaire nous ont été imposés depuis l’assassinat de Christophe, jusqu’au “kidnapping légalisé” dont bénéficie le clan Sysoev, ainsi que notre combat pour adopter Christina.
  • Que, jamais nous n’avons cherché un héritage, car Christina vient en premier, en tant que filleule qui doit être préservée de ces prédateurs.

L’illustration par film et le le dialogue ont pu se superposer de façon discordante.

Ainsi, lorsque le commentaire reprend l’idée que Christophe aurait acheté l’appartement de Moyka parce que Christina le dérangeait  dans son travail à Tverskaya, (le mensonge du clan Sysoev) il faut savoir que le film a été tourné à Moyka où Christophe s’occupait de Christina aussi souvent que possible. L’image montre bien la relation aimante du père et de la fille.

La “sévérité” de la condamnation

Ici encore, nous trouvons cette affirmation inappropriée. Car la réalité est la suivante :

  • Le procureur avait demandé 20 ans.
  • Le juge a condamné à 9 ans pour l’assassinat, et 5 ans pour le vol par faux et usage de faux,
  • Donc, 14 ans en théorie. Mais l’assassin a bénéficié de 3 ans… car elle a un enfant !
  • Sévérité ?

DES ZONES FORTES

Le profil de Dina a été clairement marqué : celui d’une aventurière en chambres (le pluriel s’impose) de bas étage, ayant enfin trouvé le pigeon idéal : étranger, riche, seul, sans enfant, désirant plus que tout fonder une famille.

L’intervention d’Irina Kolpinskaya, la responsable de l’enquête criminelle

Citons sa dernière phrase : ” J’espère que la petite pourra partir vivre en France. Car je pense que c’est ce qu’il y a de mieux pour elle.”

Cette phrase s’intercale entre une séquence “financière” à sa majorité et notre souhait d’adoption, évidemment le plus vite possible. Comment l’interpréter réellement ? Il est difficile d’imaginer qu’Irina, responsable d’enquête criminelle, se préoccupe à ce point de l’avenir d’un enfant dans huit ans.

D’un autre côté, il lui était difficile, en tant que personnalité officielle de l’enquête, de mettre son doigt entre l’arbre et l’écorce. Pourtant elle sait beaucoup de choses. Alors, de la même façon qu’il est souvent nécessaire de lire entre les lignes, il faut aussi entendre entre les paroles.

EN CONCLUSION

Un grand merci à NRJ12 et à la production. Malgré ces critiques nous avons apprécié la qualité du travail et le sérieux général de l’information, qui est loin d’être facile dans une affaire aussi touffue.

Nous poursuivons notre travail et notre quête, car la vie de Christina est en jeu. Ce qu’il en sera… ? L’avenir le dira.

 

 

 

 

UN COMMENTAIRE POUR HÉRITAGES SUR NRJ 12

INTRODUCTION

Parmi divers appels et courriels nous avons reçu un commentaire qui nous a paru très intéressant, au point de le mettre en évidence comme article à part entière. D’abord parce qu’il établit une comparaison avec l’émission de M6 qui va à l’encontre des autres. Ensuite parce qu’il repose en toute logique des points fondamentaux que nous développerons et prouverons dans la chronique que nous publierons dès que l’affaire aura atteint un point critique.

Ce commentaire devenu article sera complété par le nôtre dans les jours suivants.

Pierre et Barbara

L’ARTICLE

Nous avons regardé avec attention l’émission de NRJ 12, diffusée le jeudi 6 juin.
Nous l’avons trouvée moins bien montée que le reportage de la chaîne M6.
Il n’en demeure pas moins qu’on se retrouve aux prises à la fois :
· Avec l’innommable du crime concerté
· Avec le vol
· Avec même le mystère de l’enfant (comment a-t-elle pu vivre tout cela… )
· Et maintenant, avec tout ce déni de justice (et de raison ?) concernant l’entretien d’une vie juste ; celle de l’enfant.
Ce que vous vivez a quelque chose d’épouvantablement dur.

Pour ce qui concerne le destin de l’enfant – hormis l’horreur propre du personnage de sa mère ! – quel avenir, maintenant ?
J’ai trouvé que l’émission insistait beaucoup trop sur l’aspect financier (ces “5 millions”) ; or ça ne constitue que le recel du passé. Au regard de la vie qui se poursuit, c’est peu intéressant.
Car la vie qui importe (celle de Christina) est à présent “rayonnée”, de fait, dans un emprisonnement psychologique et moral – sans doute un étouffement. À moins que cette petite ne garde intacte en elle, par la grâce de Dieu, une force morale (ou plutôt un sursaut pour sa propre sauvegarde), qui fera qu’elle désirera rejoindre votre foyer. Mais même si elle le désirait, qu’elle impitoyable justice que celle où rien n’est fait pour la vie !

La situation de toute cette problématique est rendue encore davantage douloureuse par la construction, dans le temps, d’un être désormais forcément ravagé – si ce n’était votre lumière et le souvenir de son père.
Cependant que de souffrance encore et d’allongements devant !

On COMPREND que si la justice russe ne désavoue pas le couple des grands-parents maternels, cela constituera une double peine pour vous ; par un ricochet dans le temps du comportement de la mère à celui de ses parents : même motif (financier), même emprise de non-amour, etc.
Toutes mes idées (dans la représentation que je me fais de la vie) saignent à cette évocation.
On COMPREND enfin que :
· Christina a 10 ans ;
· Sa mère sortira probablement de prison dans 6 années, lorsque Christina aura 16 ans.
· Christina ne sera véritablement maître de son destin (c’est-à-dire habilitée à décider) que lors de sa majorité, à 18 ans.
Si bien que de 16 ans à 18 ans, comment va-t-elle pouvoir encore évoluer ?
En tout état de cause, un drame est déjà suspendu si, dès maintenant, vous n’obtenez aucun gain de cause. Quelle adolescence est donc préparée à cette enfant ?

Les éléments dramatiques ne se situent pas du côté de l’argent.
Mais du côté de la vie et l’avenir de cette petite fille, que la justice russe risque de cantonner à un moisissement familial absurde (*) et terrible.

*Absurde, car les grands-parents sont complices du meurtre du père, par intérêt, et n’ont fait preuve d’aucun amour envers la fillette, − l’exact contraire ; tout le laisse supposer.

Inversement, si le bon sens psychologique l’emportait, quelle lourde tâche serait la vôtre, – quoique vous soyez taillés pour l’accomplir. Quel rapport, humain et acide tout à la fois, en perspective ! Redonner la confiance au cœur de cette enfant. Tandis que de ce grand idéal jaillira encore de l’amour. Et ce sera peut-être celui que vous pourrez donner.
On COMPREND que, puisque Christina n’a encore que 10 ans, c’est encore possible. Tandis que à 12 ans ou à 13 ans, ce sera très dur ; et par la suite (si le bon sens l’emportait), de plus en plus difficile.

Je me suis aventuré à exprimer des analyses que vous êtes mieux fondés que moi à formuler ; et qui n’auront peut-être eu pour effet que d’enfoncer davantage le couteau dans la plaie. Veuillez alors m’en excuser.
Mais nous sommes en face d’un drame humain tellement immense qu’il mérite d’être considéré dans toute sa réalité.

Recevez en tous les cas l’expression de notre compassion,

Pascal et Aude

NRJ 12, CE 6 JUIN, ÉMISSION HÉRITAGES, 21 H 40

La chaîne NRJ 12 diffuse son émission HÉRITAGES ce jeudi 6 juin 2019 à partir de 21 h 00.  Le documentaire qui a été tourné concernant l’assassinat de Christophe SION par son épouse Dina SYSOEVA y sera présenté en deuxième, vers 21 h 40.

HÉRITAGES, voilà un très bon titre, qui résume une partie de l’affaire : la volonté de l’assassin de voler le capital de Christophe. Elle avait déjà commencé grâce à une fausse procuration, et comptait ensuite sur l’héritage, soit qu’elle puisse le toucher directement, soit qu’elle gère “à sa façon” celui de leur fille Christina.

Certes, notre attention sera plus spécifiquement retenue par “notre affaire”, et c’est bien  compréhensible. La vôtre aussi, peut-être, puisque nous en délivrons sur ce blog des points clefs. Mais sans doute n’est-il pas mauvais, périodiquement, de se repositionner sur les naufrages familiaux qu’entraîne la cupidité.

Maintenant, trêve de discussion, place au documentaire, demain jeudi 21 h 00, sur NRJ 12, avec Jean-Marc MORANDINI.

Sans oublier une pensée pour Christina, la grande victime méprisée par la “justice”…

 

 

 

CONSULAT DE SAINT-PÉTERSBOURG, SEPTEMBRE 2013 (SUITE)

Voici la suite de notre conversation téléphonique du 11 septembre 2013 avec le consulat de Saint-Pétersbourg. Je rappelle les remarques initiales de l’article précédent sur le “monde” qui sépare notre correspondant de septembre 2013 et notre équipe actuelle.

 

Le téléphone est passé sur une autre ligne. Une minute plus tard, l’entretien reprend avec un nouvel interlocuteur.

Une fois de plus Pierre se présente (nom et profession, téléphones déjà donnés, adresse internet, etc.), puis explique les raisons de notre extrême inquiétude : la situation professionnelle, familiale, les habitudes, nos relations, les révélations du vieil ami, en bref, notre témoignage concernant cette disparition totale.

Le ton de mon interlocuteur fait plus professionnel, mais aussi plus incisif que celui de son collaborateur. Il se veut homme d’action :

« […] On va faire plus rapide, Monsieur, qu’attendez-vous du consulat général de France ?

Tiens ! Enfin, une oreille attentive ? Pierre ose demander si le consulat général de France peut vérifier si Christophe Sion est toujours vivant, ou s’il est parti du territoire russe.

C’est les montagnes russes, mais en version consulaire ; après une montée rapide, la descente :

« Et comment-voulez-vous qu’on fasse cela, Monsieur ? »

Maintenant, Pierre suggère les services d’un office quelconque, un service ad hoc. Il n’aurait pas dû. La voix, de plus en plus professorale supérieure l’informe que ces données ne sont transmises que lors d’une affaire judiciaire, que cela échappe au consulat, et « il ne s’agit pas du territoire français. »

Ah ! Au moins nous aurons révisé notre géographie. Mais, puisqu’une perche judiciaire est tendue, Pierre la saisit :

« Dans ces conditions, vous me dites qu’il faut mener une opération, quelque chose du domaine de la police judiciaire. C’est bien cela ? »

Une fois encore, nous pourrions croire à une éclaircie dans le brouillard, car après une nouvelle leçon de géographie politique, un renseignement arrive: 

« Si quelque chose doit être fait, c’est auprès des autorités russes, mais pas auprès des autorités françaises. »

« Alors comment pouvez-vous m’aider ? »

Cette demande d’aide, Pierre n’arrête pas de la formuler. Une fois de plus, il va avoir la réponse bateau :

« […] Ce que nous pouvons faire, et je le ferai bien volontiers, c’est de le contacter par email, ou éventuellement le contacter par téléphone, avec les moyens qui nous ont été donnés par cette personne, et uniquement cela, rien d’autre, Monsieur. »

Fermez le ban. Rompez. Le professeur est devenu adjudant (version Flick de Courteline). Il avait évoqué « quelque chose auprès des autorités russes », ce qui reste bien vague, inopérant, et loin de tout début d’aide réelle. Peut-être a-t-il eu peur d’aller plus loin ? Ou ne savait-il plus trop quoi dire ? Le disque rayé a repris. Alors, Pierre se dit qu’il ne risque rien à relancer le débat ?

« Vous ne pouvez pas aller voir sa femme et lui demander ce qui s’est passé ? Quand est-il parti ? Rien que “Quand est-il parti ?” »

Maintenant nous savons ce que nous risquions. L’interlocuteur se lance : le film catastrophe, la séquence inversée de l’agent diplomatique consulaire russe venant chez moi, en France, pour me demander où est mon épouse russe.

Et après avoir écrit le scénario, il fait l’acteur :

« Vous n’imaginez même pas la réaction que vous auriez. Moi je peux vous le dire… »

Le bonhomme a manqué sa vraie carrière : mauvais scénariste, ou mauvais acteur, ou les deux. C’est pourquoi Pierre entre dans le film :

« Non vous ne pouvez pas le dire. »

Mais l’autre est trop pris dans son rôle pour écouter, il est lancé dans la tirade qui mêle son numéro improvisé et sa fonction consulaire :

« Mais on n’a rien à vous dire Monsieur, en plus, sachez que tout ceci relève de la vie privée, c’est un principe de base là encore dans notre fonctionnement républicain, je n’entre pas dans la vie privée, sur simple demande d’une personne tierce, par ailleurs. »

Cette fois, il faut vraiment aller plus loin. Certes, Pierre est le seul à parler, mais moi j’écoute. Je suis trop émue pour tenir le coup face à ces « portes de prison » qui s’ignorent. Je suis obnubilée par le fait que notre famille ne donne plus aucune nouvelle, non seulement Christophe, mais aussi Dina, sa femme, et la petite Christina.

Pierre revient à la réalité … si toutefois ce genre de personnage peut y être sensible. Il explique que je risque de craquer – moi, c’est-à-dire la sœur – et redemande une aide car, dit-il : « Je ne suis pas un juriste mais j’ai quand même l’idée qu’un consulat doit aider les Français à l’étranger. »

Et là, l’extraordinaire du culot atteint son extrême :

« Ah mais bien sûr, nous aidons tous les Français effectivement qui sont en difficulté. »

Et si encore, il s’en tenait à sa leçon bien apprise ! Mais non ! Monsieur le professeur de géographie politique, de cinéma, verse tout de suite dans la psychologie :

« Actuellement, l’exposé que vous me faites ne fait montre d’aucune difficulté éventuelle rencontrée par ce monsieur. Ce sont simplement des suppositions de votre côté, ce que je peux comprendre, la distance, l’éloignement ne fait qu’amplifier effectivement les angoisses, il y a des scénarios qui ont peut-être… »

Une fois de plus, les « suppositions » ! C’est déjà irritant en soi, surtout avec le ton supérieur.

C’en est trop ! Ce que Pierre craignait arrive. Face à ce déluge d’inepties et de manque de compréhension élémentaire d’une situation dramatique, je craque. Je prends la parole, ou plus précisément, ma voix rompue par l’émotion et les pleurs qui montent se fait suppliante :

« Monsieur vous ne comprenez pas, on était en contact tout le temps, régulièrement, là il n’y a plus rien, plus rien, plus rien du tout, il ne répond plus aux mails, il a disparu, vous ne comprenez pas… » et je suis vaincue par mes pleurs.

Alors, là-bas, de son bureau de chef, le manque de psychologie continue :

« Madame, vous m’excuserez, je comprends votre douleur, je comprends effectivement votre comportement et votre perte de contrôle surtout, mais ce que je vois c’est qu’il y a effectivement une situation matrimoniale entre ce monsieur et son épouse qui est délicate. On peut imaginer, plutôt que d’imaginer le pire, on peut penser que leurs relations sont si tendues que le quotidien de l’un et de l’autre leur font totalement oublier les habitudes. »

Décidément, il y a des remises à niveau professionnelles qui s’imposent. Évidemment, toujours débordée d’émotion, je ne peux que reprendre :

« Mais non Monsieur, parce que c’est ça qui dure depuis un moment c’est pour ça qu’il loge à Moyka, c’est ce que nous a dit son ami qu’il appelle toutes les semaines, à qui il s’est confié. En appelant Moyka on n’a pas de nouvelles parce que de Paris, quand j’appelle Paris, je sais que son numéro est relié à son appartement de Moyka et on n’a plus de nouvelles. (bruits de paroles derrière que peut-être je préfère ne pas comprendre) on n’a pas de nouvelles, vous ne comprenez pas ça… ?

Et une couche de plus de bêtise à tendance hiérarchique :

« Madame, baissez un peu le ton s’il vous plaît, Madame ! »

Je m’effondre. Ailleurs, le goujat mériterait une leçon. Au téléphone, il va au moins sentir le vent du boulet que Pierre lui balance :

« Non, écoutez, c’est vous qui allez baisser le ton ! »

Il n’a pas l’habitude qu’on le renvoie dans ses buts, le petit monsieur habitué au « cirage de pompes ». Il se calme aussi vite qu’il s’était cru capable de donner des ordres :

« Je voudrais simplement qu’on essaye de parler simplement et intelligemment. »

Pierre lui rappelle les fondamentaux :

« Alors Monsieur, si on commence intelligemment, il y a plusieurs choses. Premièrement, j’ai eu la politesse de me présenter, j’aimerais que vous ayez la même relation. Ça c’est une chose. »

« Je suis M. B…, je suis consul adjoint ici. »

Eh bien ! Enfin ! La prochaine fois, peut-être saura-t-il se présenter ? Pierre continue :

« Deuxième chose, vous avez employé le mot supputations, je ne suppute rien, j’offre à votre raisonnement des faits. Nous n’avons plus aucun contact avec une personne qui professionnellement doit avoir des contacts. Imaginez que le consul de France soit brutalement injoignable pendant un mois, qu’est-ce que vous diriez ? »

« Étant son proche collaborateur, mais la situation ne se présente pas, il est évident que nous prendrions des mesures. »

« Eh bien voilà, c’est ce que je vous demande. »

Croyez-le si vous voulez, il relance son disque rayé :

« … Mais pas des mesures juridiques, Monsieur… Essayez de comprendre parce que ça devient un peu pénible. [Parlant de pénible… !] . Je vous rappelle que nous ne sommes pas officiers de police judiciaire, que nous sommes sur un territoire étranger, et qu’en aucun cas un agent diplomatique du consulat est à même de mener une enquête qui s’apparente ni plus ni moins à une enquête judiciaire. Je suis navré Monsieur… »

« Alors aidez-nous à mener…

« Ce qui s’applique dans notre pays s’applique également en Russie. »

« Alors ma question est maintenant précise, voulez-vous nous aider à mener cette enquête judiciaire ? »

« De quel ordre Monsieur, de quel ordre ? »

« Eh bien je demande… »

« De quel ordre dans une enquête judiciaire… moi ce que je peux faire, éventuellement, c’est vous mettre en contact avec un avocat, sur place, ça, c’est possible ».

Ouf ! Tout ça pour en arriver là. Il suffisait d’une phrase. Elle ne doit pas exister en langage administrativo-consulaire, ou si elle existe, il faut l’extraire au forceps.

Mais la suite est encore plus explicative, de la part de cette personne qui affirmait de toute sa raideur, quelques minutes auparavant « aider tous les Français en difficulté ». Comme nous avons au moins obtenu un début de réponse, Pierre tire la ficelle :

« Bon ! »

La prudence bureaucratique reprend le dessus :

« Il s’agit là encore d’une affaire privée, Monsieur. »

Pierre ignore le brouillage et poursuit :

« Cet avocat peut nous aider à nous mettre en relation avec les personnes adéquates qui peuvent lancer une opération judiciaire. »

« Je suppose, je suppose… »

« Bien, j’imagine que cet avocat parle français, je ne parle pas russe. »

« Ah, oui, bien sûr. »

« Bien, quel autre moyen avez-vous de nous aider ? Par exemple avez-vous un numéro de téléphone à qui nous pouvons téléphoner, justement pour la partie policière russe ? judiciaire… à part l’avocat ? »

« Non je ne vois pas. »

Et comme il doit comprendre qu’il perd pied, croyez-le ou non, il ose recommencer :

« Bien, je vous dis. La seule possibilité que nous avons est d’essayer de contacter l’intéressé par les moyens que lui-même nous a confiés, puisqu’il est inscrit au registre du consulat de France, je crois, c’est-à-dire son adresse postale, son adresse éventuellement email, et un éventuel contact téléphonique. Au-delà de cela, Monsieur, l’entrée dans la vie privée des gens, et je suis désolé, nous sommes fonctionnaires de l’État français, et nous devons respecter, tous autant que nous sommes, et nous en premier, les règles républicaines ; en aucun cas je n’interviendrai plus avant dans la vie privée d’un tiers. »

« Bien, je prends note de cela. Pouvez-vous nous donner les références de cet avocat, s’il vous plaît ? »

« Alors, je ne les ai pas sous la main. Si vous voulez bien m’envoyer un email ce sera plus rapide dans ce cas. »

« D’accord. »

« Je vous répondrai par email. »

« Je prends votre email. »

Le ton est redevenu normal, mais, pour être franc, Pierre y a mis du sien. La chaudière commençait à bouillir. On pourrait croire que la conversation s’arrête là. Pas du tout. Elle reprend plus apaisée, mais tout aussi bloquée dans le fond.

Monsieur le consul adjoint précisera que si Christophe vient lui faire part de menaces, ou de craintes, il le recevra, pourquoi pas, mais vraiment « à titre informatif » car « nous sommes dans un territoire étranger sans prérogatives judiciaires et policières. »

Peut-être sommes-nous bêtes à ignorer encore la localisation russe de Saint-Pétersbourg ? Mais gardons un des meilleurs moments psychologiques pour la fin, et redonnons la parole à notre consul-adjoint.

« Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise, Monsieur ? Ma carrière m’a permis malheureusement de constater que même les gens les plus sages et le plus respectables font parfois des choses, absolument incroyables. Et là encore par expérience je ne m’arrêterai malheureusement pas à votre appréciation de la situation. Tout peut arriver, tout. Vous parlez d’un problème matrimonial majeur, vous ne pouvez pas savoir ce que les gens, qui restent des êtres humains, quels que soient leurs situations professionnelles peuvent effectivement faire dans de telles circonstances. »

Au point où nous en sommes, il faut bien que Pierre lâche la vapeur. Il lui explique qu’il a professionnellement participé à beaucoup de cas psychiatriques, et qu’il sait que tout est possible.

Le consul adjoint croit tenir sa victoire :

« Voilà, vous entendez. »

Alors, en l’amenant sur un autre terrain, Pierre reprend la main. Sans négliger la possibilité d’un raptus à implications judiciaires, il dresse un tableau factuel de la situation, associé à un schéma psychologique de Christophe, pour conclure qu’il ne peut s’agir que d’une disparition inquiétante.

Moi, je me suis assez calmée pour enfoncer le clou : Christophe m’avait dit qu’il ne se déplacerait pas avant le 13 novembre, l’anniversaire de Christina, auquel il tenait à participer. Tout se combine pour dire qu’il a disparu.

Après les différentes formules de politesse – aussi consensuelles qu’hypocrites – nous coupons la communication, et je manque m’effondrer.

 

Aujourd’hui, en 2019, je ne peux reprendre certains passages de cette communication sans que l’émotion ne renaisse.

Après mûre réflexion, nous avons tenu à la reprendre de façon aussi détaillée que possible pour différentes raisons.

Je rappelle notre ligne de force : décrire l’histoire naturelle d’un crime mettant en jeu des pays et des nationalités différentes.

En ce sens, nous sommes parties prenantes… prenantes de coups dans la figure… et ils ne nous ont pas manqué.

Il est extravagant de constater à quel point l’appel à l’aide consulaire dans un cas très grave, dramatique, entraîne toute la série des dysfonctionnements possibles :

  • La non-réponse,
  • Le mépris,
  • Les tentatives de « noyage de poisson »,
  • Le « passage de patate chaude »,
  • Le verbiage bloquant,
  • Le ton docte et lointain de celui qui sait et fait sentir combien on le dérange,
  • Les fautes psychologiques,
  • L’impolitesse,
  • L’incapacité ou la non-volonté d’apprécier la situation à sa juste valeur

En pratique, la bonne réponse tenait en deux phrases :

  • Il faut prendre contact d’urgence avec un avocat russe qui sera votre correspondant sur place,
  • Parallèlement, porter plainte en France

Nous aurions aimé entendre ces deux phrases avec un minimum de compréhension humaine.

Si Pierre a réussi à extirper le mot avocat au consul adjoint, l’information sur la plainte à la police française manquait.

Il aurait même suffi que ces deux phrases soient écrites sur le site du consulat français de Saint-Pétersbourg.

On y trouvait bien une rubrique intitulée aide, et même les noms et adresses de quelques avocats bilingues. C’est d’ailleurs sur cette liste que nous choisirons notre avocat.

Aujourd’hui, le site a été modernisé :

  • La rubrique aide n’existe plus,
  • La liste des avocats, et même des interprètes a disparu,
  • Les deux phrases les plus pratiques expliquées ci-dessus brillent par leur absence.

Au moins, d’une certaine façon, c’est dit :

Manant ! Passez votre chemin !

Et le courriel que nous recevrons, modèle de diplomatie prestidigitatrice, conclura cet échange sans jamais rien apporter de concret.

PS : Pardon pour l’image de “l’adjudant Flick”. Les vrais adjudants, formés à la dure école de l’armée et servant le pays, méritent notre respect.