FACEBOOK ? AUX OUBLIETTES !

NOTRE MAMAN, LA VRAIE GRAND-MÈRE DE CHRISTINA

NOTRE MAMAN, LA VRAIE GRAND-MÈRE DE CHRISTINA

POURQUOI FACEBOOK AUX OUBLIETTES ?

Une de nos amies signataires nous avait conseillé de créer une page sur Facebook. Bien que peu enclins à ce genre de publications, nous avions jugé le conseil valable et créé une page “Sauvons Christina”. Notre but, compte tenu des spécificités de Facebook (photos et articles courts) était d’illustrer l’affaire par des photos de famille, et de toucher un public plus large.

Trois jours après, impossible de s’y connecter, et message du type “Pour protéger notre communauté, etc.” Nous avons rempli toutes les conditions demandées. Rien ne se passe. Nous avons lu sur Internet les commentaires de personnes se trouvant dans des situations équivalentes : c’est le constat d’une censure robotique à durée indéterminée.

Alors, quelles qu’en soient les raisons, puisque les robots de Facebook nous ont chassés, nous tirons la chasse.

Nous nous battons déjà contre suffisamment d’obstacles administratifs et de “justice” (?). Nous n’avons pas une miette de notre temps à perdre avec Facebook.

Nous préférons le monde des humains, et notre blog, où des personnes expriment leurs émotions et leur soutien pour Christina. 

ALORS, AUJOURD’HUI, JE VOUS PRÉSENTE NOTRE MAMAN, LA VRAIE GRAND-MÈRE DE CHRISTINA

Je n’oserais pas dire que maman fut parfaite, car personne ne l’est. Mais elle fut pour nous une merveilleuse maman, et si elle avait vécu, elle serait devenue une plus merveilleuse grand-mère encore.

Et c’est pourquoi je dis, j’affirme, qu’elle est et reste pour moi la vraie grand-mère de Christina. Car l’autre, la “biologique”, Faïna Sysoeva, de par sa haine, sa maltraitance envers Christina, son manque d’humanité, ne possède de ce merveilleux titre de grand-mère, qu’une inscription d’état-civil, une inscription qui insulte toutes les vraies grands-mères de France et de Russie.

Je me rappelle sa patience, son sourire, sa vraie beauté, son soutien familial constant., dans les jeux et pour l’école. Elle savait jouer au Monopoly, au Scrabble avec nous, et même devenir ma malade, en même temps que Christophe et Florence, puisque j’avais reçu une panoplie d’infirmière avec un stéthoscope rouge et une belle seringue en plastique.  Christophe était en Zorro, car même les héros ont besoin d’une infirmière. Florence, très intelligente et très littéraire gagnait régulièrement au Scrabble, son jeu de société préféré. Christophe était bien meilleur que moi aux billes, et il me regagnait régulièrement à la maison celles que j’avais gagnées à l’école.

Mais maman suivait de près nos avancées à l’école, nous faisant réviser nos leçons, surveillant les devoirs, et bien sûr les résultats. Avec trois enfants elle connaissait nos fables de la Fontaine sans hésitation. Elle nous donnait même la réplique lorsque nous préparions un spectacle d’école, comme L’Avare, Le Malade imaginaire

Les vacances d’été et à Noël nous retrouvaient tous autour d’un grand puzzle, et mon père, libéré pour un temps du travail de l’usine, s’y mettait aussi.

Maman m’a soutenue pour passer mon bac, quand j’ai décidé de devenir infirmière, quand ma vie m’a amenée à Paris. De la même manière elle a soutenu Florence, notre aînée, Christophe, petit garçon turbulent, et notre père, dans ses  responsabilités professionnelles.

Finalement, tout cela porte un nom : l’amour.

ALORS, SI UN JOUR…

Alors, si je dois devenir un jour la maman de Christina, ce que je souhaite de tout mon coeur, j’espère simplement être une aussi bonne maman que la mienne le fut pour nous, et lui donner l’exemple d’une famille aimante, le plus beau cadeau du monde, charge à elle de le porter, quand le moment sera venu, quand elle aura connu ce que peuvent être et donner une vraie maman et une vraie grand-mère.

 

 

 

CONVERSATION (SUITE)

Nous poursuivons ici la conversation du 18 octobre 2013 avec celle qui s’avérera l’assassin de Christophe.  Mais pour l’instant, c’est un épisode complémentaire du jeu de dupes, ou, si l’on préfère, de notre tactique de faire les ânes pour avoir du son (à tous les sens du terme)

DE L’AIDE DU CONSULAT ?

Puis elle revient sur l’idée de demander de l’aide au consulat. Je ne me prive pas de la désillusionner (et j’ai quelque raison pour cela) :

— Je suis sûr qu’ils te rejetteront.

Mais puisqu’elle parle d’aide officielle, je reste sur le plan officiel et légal. J’explique la situation actuelle sur laquelle j’ai commencé à me renseigner : la présomption d’absence et le blocage des biens pendant dix ans. La réponse de Dina est digne d’une série américaine :

— Oh my God !

UN APPARTEMENT À LOUER ?

Je poursuis sur les conséquences en France et en Russie (législation équivalente, renseignement fourni par notre avocate) :

— Donc, je ne sais pas si tu peux légalement louer l’appartement.

Dina m’explique alors que la réalité russe est plus… légère :

— Ici, beaucoup de locations ne sont pas connues.

Nous saurons plus tard qu’elle agissait déjà en ce sens. Mensonges… mensonges… mensonges… Il ne reste plus qu’à laisser faire sous forme d’acquiescement tacite :

— Peut-être… si c’est différent en Russie, alors…

LES DOUBLES SENS D’UN DIALOGUE AVEC UN ASSASSIN

Il est temps de revenir au fond tragique de l’histoire, de reparler de Christophe en taquinant le goujon. Je m’intéresse à son discours, dans son intégralité : les mots, expressions, silences, ruptures de ton, affirmations qui peuvent être à double sens.

À ce moment de l’histoire, je me contente de suppositions, me guidant d’après mon expérience professionnelle, notre connaissance de Christophe, et, bien que circonstanciels, des faits incontestables prouvant les mensonges de Dina.

Ainsi, comment comprendre cette phrase de Dina : « Moi ; j’y pense tous les jours. » ? Et celle-ci : « Il n’avait pas beaucoup de contacts avec des gens […] Christophe est si secret. » ?

Aujourd’hui, le sens s’éclaire : oui l’assassin pense tous les jours à son crime… mais avec l’espoir de ne pas être inquiété ! Oui Christophe était réservé, secret, ne fréquentait pas d’amis à Saint-Pétersbourg… quelle proie facile à faire disparaître si nous n’avions pas eu ces liens familiaux si proches !

Je reviens sur la personne du professeur de russe de Christophe. Dina offre quelques renseignements :

— Son téléphone ne répond pas, elle s’est mariée avec un Français, elle doit être partie.

— Tu connais son nom ?

— Svetlana. Je ne connais pas son nom complet, mais le professeur de Christina la connaît mieux. Je rappellerai, parce qu’elle peut revenir. Elle donne des cours à l’Institut français.

PARLONS FINANCES

Cette promesse aussi partira dans le vent. Mais nous revenons à la question financière. Dina déclare :

— Il parlait de banque, et il ne voulait pas m’en dire plus, ce serait un problème si quelqu’un savait qu’il échappait à des taxes… Je ne connais pas les banques, il ne me l’a jamais dit, je n’ai jamais demandé.

Évidemment, elle cherche à nous entraîner sur un terrain qu’elle pense glissant. Mais glissant pour elle seulement, car Christophe, résident français en Russie, n’a pas à payer d’impôts en France, et comme nous ignorons tout de sa situation fiscale russe, qu’y faire ?

Je préfère revenir sur leurs dernières relations :

— Quand tu l’as vu la dernière fois, qu’a-t-il dit ? Quelque chose d’étrange ?

— Il était ennuyé… comme Christina demandait beaucoup, il était strict, il ne pouvait pas se relaxer. Quelquefois il venait et il marchait en rond dans l’appartement, il parlait à Christina, il faisait du vélo d’appartement. Je sentais que quelque chose l’ennuyait. Il était ennuyé par le mari de Florence.

Encore une insinuation, un pétard fumigène de plus. Dire que les relations entre Christophe et Hervé (le mari de Florence, donc beau-frère de Christophe et de Barbara) étaient au beau fixe serait faux. En dire plus ? Encore un pas qui tombe dans le vide. Cependant, je fais semblant de suivre :

— Penses-tu que le mari de Florence pouvait être en colère après lui ?

Elle en remet une dose :

— Christophe était ennuyé parce que l’autre voulait le poursuivre en justice, qu’il n’avait pas eu sa part… dans la société…

Quelle société ? Quelle part ? Ni la justice ni personne n’en a jamais trouvé trace. Encore une affabulation. Mais puisque Christophe n’est plus là pour répondre, elle peut appuyer sur le champignon. Plutôt que de la laisser s’échapper vers un nouvel écran de fumée, je préfère revenir sur terrain ferme : d’abord la conforter :

— Je suppose que tu as raison de louer l’appartement.

Puis, les questions proprement bancaires. Dina me dit que Christophe « parlait de choses générales, pas de détails. » Elle ajoute que « Christophe avait eu une consultation au sujet des taxes avec une société française à Moscou [Décidément, elle y tient] mais elle se « rappelle que la consultation était chère, environ 1500 € ».

Enfin, elle vient sur le terrain bancaire proprement dit :

— Je ne comprends pas, son compte bancaire est bas, et il doit une grosse somme. Il doit y avoir un autre compte […] parce qu’il a fait un transfert, je crois, en août, je ne sais pas s’il devait faire un autre transfert, car il disait qu’il devait payer pour la façade, et qu’il devait de l’argent à Barbara, je pense qu’il devait faire un autre transfert.

— Sais-tu d’où vient ce transfert ?

Elle n’hésite absolument pas :

— Oui, je sais…

Un appel téléphonique malencontreux chez Dina interrompt momentanément la conversation. Dommage ! Dina annonce que c’est Sacha, son amie. À bien y réfléchir, il est étonnant que Sacha ne glisse pas un mot pour nous. Maintenant, nous avons de fortes raisons de penser que l’appel venait de France. Mais cela a peu d’importance par rapport à la réalité qui finira par se dévoiler. Je reviens cependant à la charge :

— Sais-tu où ?

— Non, il ne m’a jamais dit le nom de la banque. Je sais qu’il ne voulait pas que le compte soit connu par la France…

Donc, si nous comprenons bien, Dina avance de « bonnes raisons » pour que Christophe soit parti en urgence voir une banque « il l’avait déjà fait en juin. » Mais nous savons qu’il n’en avait aucune.

Je poursuis en expliquant qu’il faut faire au mieux, payer ce que l’on peut, et suivre les progrès de la police. En attendant :

UN PEU DE FUMÉE

— Je ne peux pas imaginer qu’il ait eu une maladie, une dépression, pour disparaître comme cela.

Dina m’interrompt :

— Je n’y crois pas non plus.

Le moins qu’on puisse affirmer, maintenant, c’est qu’elle était bien placée pour le dire.

Sur le coup, j’explique lourdement que le ministère des Affaires étrangères s’en tient à l’hypothèse de la déprime. Bien entendu, pour la vraisemblance je précise que je ne peux pas le croire. Et Dina renchérit :

— Non, ce n’est pas possible.

Je reprends mon dialogue prétendu avec le ministère des Affaires étrangères, je précise que j’ai contredit leur hypothèse d’un voyage dans la grande Russie. Dina devient silencieuse. Elle doit réfléchir à ses réponses. Surtout quand j’avance l’hypothèse que le ministère des Affaires étrangères est peut-être paralysé par l’état des relations diplomatiques entre la France et la Russie, alors que la police est plus libre.

    Après un silence prolongé, Dina revient sur son idée de conseiller professionnel. Car, dit-elle : « Il y a des choses que nous ignorons. Nous devons savoir à quoi nous attendre. »

J’approuve.

Nous nous quittons sur l’engagement de nous tenir au courant, avec un au-revoir de circonstance.

DÉBUT DU JEU DE DUPES

CHRISTOPHE EST VIVANT… LÉGALEMENT

Nos journées s’emplissent d’activités nouvelles. Après avoir découvert le monde des apostilles, nous passons à celui des personnes disparues. Surprise ! L’approche légale est plus complexe. Christophe n’est pas disparu. Ce terme s’applique en l’absence de corps, alors que l’on connaît les circonstances de la mort au-delà de tout doute raisonnable. Par exemple, après la chute d’un avion sans survivant possible. Alors le passager est qualifié de personne disparue et légalement considéré comme mort.

Christophe, lui, est officiellement vivant, mais il faut un jugement le déclarant en présomption d’absence, donc établir le dossier et passer devant un juge. Cette présomption d’absence dure dix ans, sauf élément nouveau (réapparition de la personne, morte ou vive). Dix ans de situation figée. Par exemple, Dina reste légalement mariée à Christophe, et les biens et affaires de Christophe doivent être conservés et protégés. Un tuteur doit être nommé à cet effet. Nous verrons cette procédure interférer avec notre nouvelle vie.

La disparition (au sens familier) de mon frère  nous plonge dans une nouvelle vie, repeinte en couleurs sombres, ternes, sous des lumières pâles et vacillantes.

UNE QUESTION LÉGALE QUI NE SERA PAS À LA GLOIRE DE LA POLICE FRANÇAISE

Le 18 octobre j’envoie un courriel à Me Sologoub. Pierre s’inquiète de la légalité des informations transmises par Paul Dupuy, le confident de Christophe. Comment faudrait-il légaliser ce témoignage pour qu’il soit utilisable par un tribunal russe ? Outre cette question légale il y a un certain degré d’urgence. Paul a 91 ans et souffre d’un handicap visuel très important. Il est très alerte intellectuellement, mais tout de même, le poids des années, la fragilité du grand âge… nous ne voudrions que cette pièce maîtresse de notre dispositif se perde, à peine découverte.

Nous verrons par la suite combien Pierre avait raison de s’en préoccuper. Et ce ne sera pas à la gloire de la police française !

DÉBUT D’ENQUÊTE EN RUSSIE

Ce même jour, la police russe sait que Christophe n’a pas été enregistré au départ de Pulkovo, l’aéroport de Saint-Pétersbourg, depuis le 20 août.

L’enquête va débuter, une perquisition est prévue, ainsi qu’un nouveau procès-verbal d’audition pour Dina et Christina. Avec ces nouveaux éléments nous laissons de côté l’hypothèse d’un détective privé. L’ordinateur de Christophe devient une pièce à conviction. D’un côté c’est très bien. Espérons qu’il pourra « parler ». D’un autre côté, nous aurions aimé pousser le bouchon un peu plus loin, voir ce que Dina était prête à lâcher au sujet de cet ordinateur. Tant pis, ne prenons pas la place de la police russe. Elle connaît mieux que nous son travail.

DINA SE POSE ET NOUS POSE DES QUESTIONS D’ARGENT

Ce même soir, Skype avec Dina : Elle est allée à la banque. Il y a trois comptes, l’un d’environ 30 000 euros, l’autre, dédoublé en 1000 et 3000 dollars pour une question de limite de dépôt ; le troisième, en roubles, pour environ 20 000 euros. Cependant, la dame manager étant absente, Dina doit revenir pour avoir plus de détails sur la gestion des comptes.

Nous comprendrons au procès la manipulation cachée derrière ce compte-rendu d’apparence normale, et surtout derrière l’absence de cette « dame, manager », vers qui Dina souhaitait se retourner pour faciliter la gestion du compte. Pour l’instant, dans ce jeu, nous sommes les dupes.

Ici, Pierre reprend le contrôle du dialogue sur Skype.

Immédiatement après, Dina s’interroge – nous interroge – sur la visite d’une dame dans la cour de Tverskaya qui a demandé des nouvelles de Christophe. Elle aurait dit venir de la part de la famille de France.

Je comprends bien qu’il s’agit de l’amie de l’amie qui… mais pas question de lâcher l’information. Puisque nos autorités françaises sont aux abonnés absents, autant s’en servir. Je réponds qu’il doit s’agir de quelqu’un venant de la part de la police française, ou du ministère, ce qui serait logique, puisque nous sommes allés leur demander de l’aide. Mais nous ne sommes au courant de rien !

Dina semble satisfaite. Il serait étrange qu’elle ne le soit pas. En tant qu’épouse du mari disparu, elle doit jouer ce jeu, et d’un autre côté, elle sait très bien que les « autorités françaises » dont je viens de parler n’iront pas plus loin. Je lui promets de la tenir au courant si j’ai des nouvelles. Jeu de dupes, d’accord, mais chacun son tour !

Nous revenons à la santé de Christina, qui a une sorte d’allergie, “peut-être due à des radis”, au temps, etc. La santé des enfants est un puits sans fond qui permet toutes les évasions.

Mais Dina, mère préoccupée de bobos, doit se positionner en tant qu’épouse, et interlocutrice de la sœur du disparu. Une fois de plus, elle affirme ne pas comprendre ce qui a pu se passer.

Alors, revenant aux questions financières, elle dit avoir reçu un avis de paiement de taxes en France et ne savoir qu’en faire.

Si elle attendait une bouée de secours des braves imbéciles, elle va être déçue :

— Nous non plus ne savons que faire, car des factures vont venir.

Dina, à sa façon, propose de chercher de l’aide :

— Je devrais aller voir un conseiller. Ici Christophe payait des taxes comme entrepreneur. Le conseiller devrait savoir.

Pas question de sembler refuser une aide si gentiment proposée. J’affirme donc ne rien savoir sur ces taxes professionnelles en Russie (et c’est totalement vrai), mais j’en profite pour revenir sur les taxes foncières et d’habitation de Newton. J’en rajoute sur les sommes dues pour le ravalement.

— Quand attendent-ils l’argent pour les réparations ? demande-t-elle.

Cela l’inquiète. On le serait à moins. Mais mon rôle est d’insister sur la procédure :

— Barbara va voir.

— C’est une grosse somme. Je ne sais pas comme cela fonctionne.

Je rajoute une pincée d’explications pessimistes, à partir de la réalité. Chacun son tour :

— Pour le 4e trimestre, l’appel est au 1er septembre. C’est très élevé : plus de 7000 € pour le ravalement et 800 € pour les charges habituelles. Pour l’instant, ça va. Ici, ils demandent trois fois, et après, c’est la loi qui intervient.

— Peux-tu voir quelqu’un ? Interroge Dina.

— Je ne sais pas s’il est bon de leur dire maintenant…

Il est grand temps d’enfoncer le clou. Je lui brosse un tableau ennuyeux. Bien sûr, nous pouvons demander de l’aide, mais cela peut avoir des conséquences sérieuses, une nouvelle enquête. Nous pourrions demander à un avocat, mais cela coûte cher.

— On pourrait demander au consulat, risque Dina…

Je contre, et monte les enchères :

— Pas la peine d’y compter. Dès qu’il s’agit d’argent, ils refusent. Nous sommes coincés. Si Christophe vit, ce sera simple. Mais s’il est mort, une personne légale prendra en charge les biens et vendra tout pour payer les factures.

— Ici en Russie, c’est différent. Je voudrais parler avec ce conseiller. Que se passerait-il si nous ne payons pas ?

Je sens la crainte monter en elle. Autant faire le sourd :

— Pourquoi pas ? Jusqu’à présent l’électricité est payée. Nous payons pour le téléphone.

— Si tu stoppes ?

— Là, nous payons. Mais si c’est inutile nous fermerons l’abonnement. Nous avons un petit espoir. Nous faisons comme s’il devait revenir. Mais nous sommes anxieux et obligés d’aller à la police. J’espère qu’ils font quelque chose.

— Ici s’ils n’ont rien de nouveau, ils ne parlent pas.

— Nous avons un petit espoir, car il y a de la tension politique entre France et Russie. Notre ministère des Affaires étrangères était évasif. Alors la police a accepté de prendre notre déclaration.

La suite me montre que je vise juste :

— Déclaration ?

— Oui, pour démarrer l’enquête. Pour les ministères, je ne sais pas, mais j’espère que la police agira. Le policier était très troublé. Il a voulu agir. Donc nous espérons que quelque chose commencera. Je sais que c’est difficile mais nous ne pouvons rien faire de plus.

Elle soupire, et poursuit, manifestement ébranlée :

— Je ne sais pas comment payer. Je peux terminer les réparations, et louer cet appartement, pour payer les factures, je ne sais pas, est-ce que cela a un sens, c’est dans le centre, je ne connais pas les prix. Je ne peux rien faire de plus, ici.

— Je ne sais pas si légalement tu peux le faire.

— Oui, mais on peut trouver quelqu’un grâce à une amie, Victoria. Elle travaille comme agent immobilier, elle pourrait aider pour les papiers, ne pas demander trop cher. Ici aussi, il faut payer des factures, elles ne sont pas aussi élevées, mais…

Je lance un peu de fumée :

— Si tu loues l’appartement, où vivras-tu, toi ?

— Il s’agit de Moyka.

— Ah oui ! Là où la peinture n’est pas bien.

— Pas la peinture, il y a des fissures dans le mur…. ils n’ont pas bien nettoyé avec des abrasifs… ils ont mis un câble électrique, ils devaient replâtrer, et le sol est très froid, nous avons pensé à le changer pour une meilleure isolation, et quand ils ont enlevé le sol, le dessous était en mauvais état… à cause de la structure ancienne, en bois, c’est dangereux, il faut poser une nouvelle couche, etc.

(Nous découvrirons par la suite l’énormité de ses mensonges).

S’ensuivent des détails concernant la chambre de Christina. Une fois de plus, Dina s’échappe d’appartement en appartement, mais je sens bien que le risque d’une vente à perte de Newton et d’une enquête l’a déstabilisée.

Elle retombe sur ses pieds dans le rôle de la femme perdue, mais on entend bien qu’à ce moment elle dit la vérité, sa vérité :

— Je ne sais que faire.

(À SUIVRE)

 

LE TROU NOIR : ÉPILOGUE

ÉPILOGUE OU INTRODUCTION ?

Réponse : les deux, mon capitaine !

Oui c’est bien l’épilogue de la première partie, celle que nous avons appelée “Le Trou Noir”, imageant fort bien l’état d’esprit et d’humeur qu’étaient les nôtres concernant Christophe, et déjà Christina. Christina d’abord, comme nous l’avions affirmé dès les signes avant-coureurs de la catastrophe.

Mais, l’histoire a continué… jusqu’à ce jour et au-delà, vous le verrez bientôt, avec des phases bien distinctes, d’où la noirceur ne sera jamais exclue : la noirceur du clan Sysoev et de ses parasites.

 

ÉPILOGUE DU “TROU NOIR”

En résumé, mon dernier contact direct avec Christophe était le 17 août 2013.

Après une période de réassurance entre Pierre et moi, il a bien fallu se rendre à l’évidence : un malheur était arrivé.

À l’exception d’un policier qui fait honneur à sa profession, les autorités françaises – usons d’un euphémisme – ont été d’une aide relative.

Notre avocate russe, Me Sologoub est notre intermédiaire dévouée, quasi infatigable. Sans ses efforts incessants, rien n’aurait pu avancer.

Malgré tous nos essais de contact par Skype et divers numéros de téléphone, nous n’avons eu que trois contacts avec Dina, tous après forte stimulation de notre part :

Un courriel du 9 septembre dans lequel elle veut faire croire que tout est normal.

Un courriel du 28 septembre dans lequel elle se dit inquiète et déprimée.

Un courriel du 16 octobre, de la même veine, où elle rajoute le trouble de Christina.

Donc, en 60 jours, cette épouse n’a pas jugé utile de se rendre spontanément à la police, a prétexté l’incohérent, a débité des mensonges invraisemblables, n’a pas une seule fois сherché à me joindre, moi, sa seule belle-sœur avec qui elle était en contact amical et familial, qu’elle attendait en novembre, moi, la sœur de son mari, la marraine de sa fille.

Pendant ces 60 jours nous avons imaginé le pire pour toute la famille. Et au bout de 60 jours, une fois de plus sur notre forte stimulation, nous avons pu constater qu’au moins ma filleule était en vie, moralement blessée mais en vie.

En dépit de la brouille – pour ne pas dire plus – dans le ménage, qui pourrait croire qu’une épouse toujours légale ne s’intéresse pas au sort du père de leur enfant ? Qui ne serait dubitatif, suspicieux ? Qui ne conclurait que, d’une façon ou d’une autre, Dina est impliquée dans la disparition de Christophe ? Qui ne poserait la question en termes plus simples : victime sous influence, ou coupable ?

Cette période de 60 jours, nous l’avons baptisée notre “Trou Noir”.

Qu’il me suffise de dire que j’ai perdu 10 kilos, soit près de 15% de mon poids, comme après le décès tragique de notre mère. J’ajoute les insomnies, la fatigue, les larmes, le sentiment d’injustice, les blessures infligées par les autorités. J’ai encore en tête la voix de ce petit consul adjoint à qui Pierre a dû rabattre son caquet. Pierre me forçait à manger, pour « reprendre des forces, pour nous battre », mais lui-même vivait de plus en plus mal cette situation. Il prévoyait que la lutte serait longue, inégale, qu’elle nécessiterait de fourbir nos armes, c’est-à-dire créer le dossier, ranger, actualiser, échafauder des hypothèses, les confronter aux découvertes progressives, les réfuter ou s’y tenir, forcer nos idées à prendre vie autour de nous, parfois ouvrir des pistes pour notre avocate, ce dont elle nous sut gré, car, elle Russe et nous Français divergeons sur certains abords. Mais jamais son aide ne nous a manqué, tout en devant nous habituer à des rythmes différents.

Pierre revoyait la dernière visite de Christophe, celle où il lui avait demandé un conseil technique au cas où il serait agressé, comme il nous avait dit l’avoir été une fois dans le métro de Saint-Pétersbourg.

Alors, Pierre lui avait montré une bonne parade, corrigée par son conseil : « Cela ne vaut rien si l’on ne pratique pas. Mieux mieux partir au plus vite. » Il s’en sentait coupable. Aujourd’hui nous savons que, dans les conditions du crime, cela n’aurait servi à rien. N’empêche, le sentiment de culpabilité n’est pas de ceux dont on se débarrasse comme d’un sac trop lourd, d’une secousse.

« Et si au moins il m’avait parlé, d’homme à homme » reprenait Pierre. Je l’aurais épaulé. Un divorce, je le sais bien, n’est jamais facile. Je l’aurais aidé, conseillé.

Je tâchais de le remettre dans la réalité : « Christophe était trop réservé, il ne parlait pas, et si je lui posais une question qui lui déplaisait, il se refermait comme une huître, avec un regard noir. » Oui, tel était un des traits principaux du caractère de mon frère, que le décès de notre mère, dans des conditions tragiques, avait fortement accentué, au point de gâcher sa vie sociale, de se retrouver seul, et vulnérable.

Pierre me disait qu’il lui semblait que Christophe allait sonner et entrer chez nous, il le voyait presque. Moi, je le reconnaissais dans la rue, signe classique de perte d’un être cher.

Nos insomnies s’accompagnaient ou se succédaient, nous laissant englués le matin et pesants malgré nos efforts pour relancer la machine.

À la fatigue nerveuse liée à l’affaire s’ajoutait celle de la vie « courante », et rarement ce mot évocateur de course n’aura été plus adéquat. Par exemple, pour un premier aller-retour à Toulouse le 24 septembre, rencontrant notre amie Martine qui s’envolait pour le 31e rallye Toulouse / Saint-Louis du Sénégal. Et nouvel aller-retour le 7 octobre pour féliciter Martine de sa deuxième place, et participer à sa soirée de retour. Cette période de 60 jours, ce “Trou Noir, fut marquée d’intense fatigue et de tension nerveuse. Mais heureusement, elle fut aussi le creuset de sentiments forts qui attendaient notre capacité d’accueil pour naître. C’est pendant ce “Trou Noir” que cette chose forte, irrémédiable s’est créée entre nous et Christina, ma filleule : devoir de justice, nécessité de sauvetage, protection, prise en compte dans l’horrible circonstance de mon rôle de marraine, крестная мать, la mère chrétienne, comme le disent les Russes.

Une fois que nous avons senti l’émergence de nouvelles forces, ce fut comme le tournant d’une guerre. L’espoir revenait. Tout n’a pas été simple, nous avons connu bien des travers, bien des revers, bien des inquiétudes. Mais le pire était passé, peut-être…

Ainsi commença “Le Jeu de dupes.

LA MÉMOIRE D’UN ENFANT

COMMENTER UN COMMENTAIRE : LA RÉALITÉ DES FAITS

Le commentaire d’Aude et Pascal, après le récent article intitulé “Un article au Luxembourg” nous évoque un point essentiel de l’affaire. Je le cite partiellement : “Le temps s’ajoute au temps et la petite sans doute ne sait plus rien, dans sa conscience traumatisée. Sans vérité.”

La phrase est claire, nette, précise, terriblement difficile à vivre. Alors pourquoi y revenir ? Simplement pour approfondir le sujet, et y instiller quelques gouttes d’espoir. Voyons comment !

Certes, Christina a vécu l’horreur : dépassons le mot assassinat, regardons quelques images du film. Dans l’appartement du couple, Dina frappe Christophe sur le crâne. On ne sait si la mort est immédiate (Il est possible qu’il agonise pendant deux jours, pendant que Dina essaye de lui soutirer des informations bancaires). Elle conserve le cadavre une semaine dans l’appartement (chaleur du mois d’août, odeur…). Des essais de démembrement ont lieu dans la pièce centrale (sang giclant sur les murs et au plafond, plancher inondé de sang). Puis Victor Véniaminovitch Sysoev, le père de la charmante dame, arrive de Sibérie pour terminer le travail. Père et fille mettent le corps en sac, et/ou en poubelle, le transportent en forêt, terminent le démembrement, jettent de l’essence, attendent un peu, puis laissent les bêtes sauvages terminer leur oeuvre.

Mais il y a pire. Dina a expliqué la scène à une co-détenue, Ivanina. Reprenons son témoignage inclus dans le jugement pénal de 2016 : “Sysoeva a dit que son mari était tombé d’un coup. Tout cela se passait dans l’appartement où Sysoeva demeurait. À ce moment l’enfant était dans l’appartement. Sysoeva est parti avec son enfant pour un certain temps.

Vous avez bien lu : “À ce moment l’enfant était dans l’appartement.”

QUELQUES NOTIONS SUR LA MÉMOIRE

ON S’EN MOQUE COMME DE…

Alors on peut croire que “la petite sans doute ne sait plus rien, dans sa conscience traumatisée.” Qu’elle est “sans vérité.” Heureusement, il y a ce “sans doute” qui, paradoxalement signifie “on peut penser que…”. Car sinon, la situation serait catastrophique. 

Effectivement, la majorité des souvenirs d’avant quatre ans sont inaccessibles, soit par effacement dans la mémoire profonde, soit par protection contre une irruption de souvenirs parasites. Le langage populaire le traduit à sa façon : “s’en moquer comme de sa première culotte, son premier biberon, etc.”

Mais il s’agit là de situations communes, banales, qui deviendraient intempestives si elles s’ouvraient un chemin vers le monde conscient de l’adulte. Certains cas d’hypermnésie (mémoire ancienne omniprésente) “encombrent” les processus généraux de la mémoire, au point d’empêcher de retenir des informations importantes de la vie courante. Un comble !

MAIS LES RÉSURGENCES DU PASSÉ TRAUMATIQUE POSENT D’AUTRES PROBLÈMES

Alors je dis, et j’affirme médicalement, qu’en sa mémoire profonde, Christina connaît la réalité de ce qui s’est passé, elle en souffre encore et en subit déjà les conséquences.

La mémoire profonde avec ses zones inconscientes n’est explorée que depuis un siècle et quelque. Mais on en sait déjà suffisamment. Les études sont innombrables, en neurologie, sociologie, psychologie, psychiatrie. Chacun de ces spécialistes explore la question dans son domaine et en arrive à la conclusion unique : la reviviscence des situations traumatiques anciennes est possible. Elle peut modifier profondément le comportement et mener à des conduites dangereuses.

ALORS ? CHRISTINA…

Actuellement, Christina subit une énorme souffrance qu’elle peut parfois masquer par une belle force de résilience (capacité à se protéger, à s’adapter à la situation). Encore heureux !

Il le faut bien. Elle vit avec son grand-père, l’homme qui a démembré le corps de son père, et avec la grand-mère Faïna qui haïssait Christophe, et qui fait “bénéficier” Christina de cette haine. Christina se débrouille pour survivre dans cet enfer. C’est déjà un premier point d’espoir.

Mais bientôt, à la puberté et l’adolescence, gare à l’irruption du malaise profond, des comportements douloureux, voire dangereux. C’est plus que possible, c’est même attendu.

Alors, le deuxième couple infernal du clan Sysoev tentera d’évacuer la réalité… et la petite personne qui les gêne.

Confrontée aux monstres de ce clan, les risques sont majeurs.

ALORS, IL FAUT SAUVER CHRISTINA !

 

 

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