DÉTAILS, QUESTIONS ET DÉBUT D’ENQUÊTE

SUITE DE DÉTAILS

Les jours suivants apportent leur lot de détails nouveaux.

Me Sologoub nous suggère de demander l’accès aux données personnelles de Christophe portées sur sa carte SIM.

Cela deviendra un nouvel épisode de Mission impossible, mais seuls, sans aide, et sans autre résultat que de nous montrer la face obscure de ces grandes sociétés qui nous font les yeux doux. Avec Yahoo, ce sera silence et mépris. Inutile d’entrer dans les détails. Quiconque s’est heurté une fois dans sa vie à ces montagnes d’indifférence et de slogans aussi débiles que mensongers pourra comprendre.  Notre réalité, ce sont des blocages conjugués aux nécessités techniques et administratives de l’enquête, l’ensemble devenant plus que fatigant, usant. 

Nous apprenons des mots nouveaux, comme apostille. Qui, dans la vie courante, sait ce qu’est une apostille ? Nous avions passé notre vie en ignorant ce point. Honte à nous ! Il est grand temps de nous rattraper. Nous deviendrons les champions de l’apostille.

Résumons : l’apostille est certificat fourni par le pays d’origine pour valider l’utilisation du document par le pays de destination.

Heureusement l’apostille est valable pour la Russie qui a signé la convention de La Haye de 1961, ce qui évite le processus plus complexe de légalisation.

Pour faire apostiller un document, il faut l’envoyer ou le porter dans un bureau spécialisé (à Paris : la cour d’appel de Paris, service de l’apostille, 34 quai des Orfèvres). Heureusement, les jeunes femmes de ce bureau parisien, comprenant la situation, nous ont toujours aidés avec le sourire et le mot gentil qui convenait. Nous les remercions encore.

C’est avant cette dernière étape que nous connaîtrons bien des surprises. Attention ! Il faut  que le document en question soit “original”, ou « certifié conforme émanant d’une autorité publique ou d’une juridiction », ou un acte « d’origine privée ayant fait l’objet d’une déclaration officielle et revêtu du sceau de l’autorité publique. »

Encore faut-il que cet acte émane du ressort de la cour d’appel à laquelle nous nous adressons.

Une fois ces informations bien enregistrées, frottons-nous à la réalité, qui nous imposera parfois des contorsions non prévues par le législateur, variable d’un bureau à l’autre. Refusé dans telle mairie, et accepté sans problème dans l’autre. La tête du client ? Non, plutôt le “fonctionnarisme étroit” du guichetier- concierge irresponsable.

Pour notre première expérience, nous envoyons à Me Sologoub nos procurations dans leur  version certifiée par notaire et apostillée. Nous utilisons DHL pour raison de rapidité et de sécurité. Si l’apostille est gratuite, son envoi grève le budget. Amis détectives amateurs, ou simples victimes « apostillantes », préparez vos porte-monnaie, vos dons de persuasion, votre patience, et votre bon cœur contre mauvaise fortune. Si notre premier exercice d’apostillant se passe bien, d’autres nous ménageront des surprises.

UNE QUESTION PENDANTE

Mais il y a plus grave. Contre ce drame qui nous frappe, nous envisageons parades et attaques.

En premier lieu, que faire en cas de demande de rançon ? Techniquement parlant c’est, en proportions variables, une question d’argent et de police… qui nous dépasse. Pourtant, si un tel message arrivait, que faire ? Ici, nous ne sommes pas les spectateurs désengagés d’un film, mais ses acteurs bien embarrassés, bien dépassés. En dépit de notre désespoir, nous ne perdons pas tout sens des réalités.

À ma connaissance, Christophe n’avait pas d’ennemi. Il demeurait seul à Saint-Pétersbourg, puisque Dina l’avait éjecté du domicile conjugal de Tverskaya, il était riche – de combien exactement, même moi, sa sœur, je ne le sais pas encore. Il n’avait pas d’amis, était plutôt casanier, réservé, et travaillait seul. Une proie quasi parfaite pour un kidnapping, surtout si l’enjeu est la petite Christina.

Déjà mon compte HSBC France a subi des tentatives d’intrusion, mais sans aucun retrait. Nous allons donc faire le tour de table des possibilités. Mais, une fois de plus, que nous sommes loin des séries policières !

L’ENQUÊTE COMMENCE EN RUSSIE

Le 20 septembre 2013, Me Sologoub n’a pas perdu de temps. Elle nous informe que personne au nom de Christophe ou répondant à son signalement n’a été transporté en ambulance ni ne se trouve dans les morgues de Saint-Pétersbourg.

Je veux clarifier l’information :

— Est-ce bien sûr ?

La réponse est claire :

— Tout est relié, morgues et ambulances. Il n’y a pas de doute.

Elle a dû nous prendre pour des demeurés. Imaginer qu’en ce XXIe siècle, dans une ville comme Saint-Pétersbourg, de telles structures ne soient pas reliées par informatique !

Comment traduire nos sentiments ? Les secousses de leur mélange chaotique ? Nous sommes étrangement satisfaits que ces premiers renseignements existent bien qu’ils nous plongent de plain-pied dans la terrible réalité. Par la représentation de Me Sologoub, d’une certaine façon, nous sommes sur le terrain et quelque chose se passe. Mais – comme les humains sont d’étranges créatures – autant nous sommes logiquement persuadés de la mort de Christophe, autant nous sommes soulagés de ne pas le savoir en une morgue.

Est-ce à dire qu’au fond de nous subsiste une lueur d’espoir le concernant ? Aujourd’hui encore nous ne saurions répondre à cette question, car la situation est plus complexe qu’une disparition unique. En ce mois de septembre 2013, depuis le seul et unique courriel de Dina – dont l’invraisemblance autorise les pires hypothèses – nous n’avons toujours aucune preuve de vie de toute la famille. Alors, si Christophe n’est pas dans une morgue, reste peut-être l’espoir d’un drame monnayable.

 Le 26 septembre 2013 un courriel de Me Sologoub nous apprend que l’enquête a démarré en Russie, qu’une visite de l’appartement est prévue, et que la connaissance des travaux à Tverskaya attire l’attention de la police.

Dina sera convoquée le 27 septembre par l’agent Lee, du secteur central de Saint-Pétersbourg, spécialisé dans la recherche des personnes disparues.

Par ailleurs, elle nous demande des nouvelles des enquêteurs en France.

Nous sommes bien en peine de lui en donner, car, dans ce sens, la communication semble au point mort, et par la suite… mais je n’anticipe pas, car à chaque jour suffit son bol de crapauds.

DE NOUVELLES PISTES

LES JAMBES EN COTON

Cette matinée du 17 septembre 2013, si fructueuse soit-elle, elle, m’a éprouvée. J’ai les jambes en coton. Je pense à mes parents : « Heureusement, ils ne sont plus là pour subir cette nouvelle épreuve! »

Pierre est à mes côtés et me soutient. Sans lui, je serais complètement perdue.

La journée n’est pas terminée, et elle sera rude. Je dois retrouver des photos susceptibles d’aider la police russe. C’est assez facile, car, par habitude, tout est bien rangé dans l’ordinateur de Pierre. Dans le mien, c’est une autre histoire. Passons !

L’une d’elles montre Christophe de dos, avec la cicatrice de l’oreille droite. Bien sûr, nous ajoutons celles de Dina, de la petite Christina, et de Sacha, l’amie de Dina dont nous ne connaissons pas le nom, à tout hasard.

Pierre crée un dossier intitulé AFFAIRE CHRISTOPHE avec un classeur CHRONOLOGIE. Il s’enrichira de tous les sous-dossiers nécessaires. Nous ne savons pas encore à quel point. Aujourd’hui, son équivalent papier remplirait une bonne armoire.

Je vois que ses bonnes habitudes de travail reprennent le dessus : les informations se traitent en quatre étapes : ranger, analyser, synthétiser, conclure. Pour lui, ce crime devient un état morbide dont il cherche le diagnostic en repérant les symptômes et en demandant des examens. Sans être policier, il sait trouver son chemin dans ce dédale.

UNE DEUXIÈME FOUILLE À NEWTON

Toujours en quête d’informations complémentaires, nous devons nous rendre à Newton[1] pour recherches complémentaires, papiers ou autres indices.

C’est la deuxième visite à l’appartement de Christophe depuis sa disparition. La première fois nous cherchions des signes de vie. Cette fois nous cherchons des détails d’identification et d’autres éléments pouvant aider la police. Je me sens très mal à l’aise en fouillant dans ses affaires, mais il le faut, pour lui et surtout pour Christina.

Nous sommes dans le salon. Je me revois en avril 2013 jouer avec Christina au loup et au lapin. C’était ma première leçon de russe : le loup (prononcé volk) Christina, et le lapin Barbara (krolik). Nous courions dans l’appartement et, bien évidemment, étant krolik, « volk » m’a mangée un certain nombre de fois. Elle avait grand plaisir à écouter La Belle au bois dormant sur une musique de Tchaïkovski. Mon Dieu pourvu qu’elle soit vivante et indemne. Le pire… je n’ose pas l’exprimer.

Cette fouille est loin d’être aisée. Nous savons que nous fouillons les affaires d’un mort. Les discours inconsistants des interlocuteurs officiels reviennent en boucle, ajoutant à notre solitude. Leurs litanies me blessent, et irritent Pierre au plus profond de son être. Il ne supporte pas le sans-gêne, l’incompétence, et la mauvaise foi. Nous sommes gâtés ! Chaque fois, l’atmosphère est lourde, sans compter les possibilités inconnues. Si la famille a été victime d’un groupe organisé, un danger nous attend peut-être.

Ce jour-là, je trouve une nouvelle lettre du syndic concernant les travaux de l’immeuble. Il s’agit d’un appel provisionnel pour le quatrième trimestre 2013 et pour les travaux de ravalement. Le compte est maintenant débiteur de plus de 8000 euros.

Une fois de plus, je range ce papier en « poche restante » selon la vieille formule. Je suis loin, bien loin de ces détails financiers. Notre moral plonge chaque jour davantage. Dans ces circonstances, est-ce à nous de payer ? Au diable les comptes du syndic ! Comme je l’ai dit, nous ne le savons pas encore, mais notre attentisme en ce domaine crée un dossier complet de dettes qui entraînera un renversement fondamental de situation.

DES AMIES À LA RESCOUSSE

Mais la journée n’est pas finie. Le soir nous amène un coup supplémentaire.

Quelques jours auparavant j’avais évoqué la situation avec notre meilleure amie, Martine. Celle-ci, toujours aussi pétillante que dévouée, m’avait proposé de contacter l’une de ses amies, Anne-Marie, qui parle russe. J’avais acquiescé avec reconnaissance.

Anne-Marie avait elle-même appelé une de ses vieilles amies, russe, à Moscou, et celle-ci, avait lancé sur la piste une cousine qui se trouvait à Saint-Pétersbourg.

Étrange bande de pieds-nickelés direz-vous ! Eh bien, Anne-Marie nous téléphone le même soir. La cousine de l’amie russe s’est rendue à Tverskaya (l’appartement de Christophe et Dina). Elle n’a pas pu entrer dans l’immeuble, mais a réussi à parler avec un voisin. Celui-ci a vu Dina partir avec un homme qui n’était pas Christophe, après avoir chargé de lourdes valises dans une voiture dont la plaque n’était pas de Saint-Pétersbourg. Christina n’était pas avec eux. Le voisin rajoute qu’il y avait eu d’importants travaux dans l’appartement. Cela se passait quelques jours auparavant.

Ce film, la disparition de Christophe, les valises lourdes, le départ dans une voiture inconnue, et les travaux importants que nous savons inattendus et superflus, nous mène à des conclusions plus que macabres : Christophe a subi des sévices sur place, le corps, ses restes, ont été transportés dans ces valises, ou alors cachés dans l’appartement.

Voilà ce à quoi nous sommes arrivés, seuls, sans moyens, sans même avoir fait dépenser un ticket de bus à un quelconque employé consulaire, dont l’inaction nous reste encore en travers.

Sans attendre nous transmettons l’information à Me Sologoub, accompagnée de diverses photos de la famille. Bien entendu, elle, nous croit, et nous demande de lui envoyer immédiatement une double procuration sur papier simple, se chargeant d’officialiser le tout sur place.

Dès le lendemain elle sera à pied d’œuvre. Dans toute cette noirceur, le début d’une piste. Mais Christophe ? Mais Christina ?

Le sommeil qui n’était déjà pas satisfaisant devient franchement difficile. Nous ne le savons pas encore, mais, six années épuisantes de dossiers, de recherches, et de lourdes dépenses nous attendent, agrémentées d’insomnie, de déprime, de coups au moral.

[1]15 : En raccourci, l’appartement de Christophe, rue Newton à Paris.

CHAISES MUSICALES ENTRE POLICE ET MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES

 

Le 17 septembre, nous nous rendons au commissariat de police.

Nous sommes vite reçus par un policier à qui nous expliquons notre affaire. Il se renseigne auprès d’un collègue, et les deux hommes jugent préférable de demander conseil au ministère des Affaires étrangères.

Nous n’entendons pas le détail de la conversation téléphonique, mais nous  devinons que la situation évolue. Effectivement, ils nous annoncent que nous devons téléphoner à un service spécialisé. Préférant rencontrer directement les interlocuteurs, je leur déclare que nous y allons.

Non ! “Ils ont dit de téléphoner, pas d’y aller…. Ils insistent.”

Impression désagréable. Encore un bureaucrate caché derrière son bureau?

Nous verrons bien. Retour à la maison et appel au numéro indiqué.

Première explication à une personne qui semble dubitative. Mais, paroles et paroles, il apparaît que nous pouvons joindre la responsable du service des disparitions inquiétantes, Mme É. S….

Reprise de l’histoire, agrémentée des derniers détails juridiques et des nécessités administratives. Il faut encore subir le discours lénifiant censé être réconfortant. Pierre reconnaît au passage les séquences et phrases-types des situations de stress qu’il a personnellement enseignées, mais reprises ici, dans leur version maladroite.

Nous aurions préféré une réponse honnête du style : « Je vais vous aider en faisant mon travail au mieux. » Oh ! Naïveté !

Sentant que l’entretien tourne en ce jus de boudin que nous commençons à bien connaître, nous demandons un document, indispensable, prouvant notre implication légale pour lancer la procédure conjointe entre la Russie et la France. La réponse tombe :

« Non ! C’est à la police de le faire. »

Des mêmes bureaux qui déclaraient prendre l’affaire en main, dessaisir la police, tombe la décision inverse. Que se passe-t-il ?

Inutile de pousser un âne qui recule. Jouons les imbéciles, remercions,  coupons la communication et buvons une nouvelle gorgée de la coupe d’amertume. Nous ne savons pas encore qu’elle est inépuisable. Nous sommes des apprentis…

Mais des apprentis têtus. Retour au commissariat, et reprise de contact avec nos agents à qui nous expliquons ce retour de bâton.

Miracle ! La situation change. À la mimique du brigadier, nous devinons une trace de dépit d’être ainsi manipulé, et aussi de commisération. À franchement parler, notre mélange de douleur, de déception, de détresse doit se trahir sur nos visages. D’un simple « Venez ! » il nous entraîne vers son bureau et nous fait reprendre les bases de notre histoire. Il nous demande aussi si nous sommes toujours sans nouvelles de Christophe. Je lui donne les numéros de téléphone en Russie pour qu’il s’en assure lui-même. Mais sa réponse est « énorme » : « Il n’a pas de ligne disponible vers l’étranger. »

Effarant ! En 2013, l’agent d’un grand commissariat de police d’un important arrondissement de la capitale de la France n’a pas de liaison téléphonique possible avec un pays étranger. J’imagine qu’un bureaucrate zélé, dans sa soupente, se félicite de son précieux souci des finances publiques, en ce 21e siècle, où tout appel est contrôlé. Je pense que ce bureaucrate, recevant trois formulaires, remplis et transmis « sous couvert du responsable hiérarchique » (formule consacrée) et après avis favorable, débloquerait la ligne… en moins d’une semaine, peut-être…

J’exprime ici ce qui s’est passé en moins d’une seconde : mon étonnement et le ton du policier où perce un discret agacement, je crois.

Alors nous prêtons au policier notre portable. Il a l’élégance de nous prier d’appeler. Évidemment, une fois de plus, c’est le message enregistré. La cause est entendue.

Ordinateur ouvert, la petite chanson commence : L’an deux mille treize, le 17 septembre à douze heures, nous… […] constatons que se présente la personne ci-dessous dénommée qui nous déclare…

Les questions de base : nom, prénom, etc.

Enfin, un espoir… J’y réponds. Le dossier prend vie et nous, quelques couleurs.

J’échange un regard avec Pierre. Pour lui, l’interrogatoire du médecin et celui du policier ont des points communs. La gestion des dossiers compliqués de son activité médicale lui a depuis longtemps appris à reconnaître la valeur professionnelle d’un homme. Derrière l’interrogatoire de base, il faut tenir compte des précisions complémentaires, du ton, de l’écoute. Celui-ci est un bon, me dira-t-il ensuite. Enfin !

Le policier s’intéresse à Dina, demande si elle parle français. Je précise le signalement de Christophe, qui paradoxalement, retrouve une sorte de vie, alors qu’au fond de moi… 1,70 mètre, 75 kg, type européen, yeux marron, cheveux bruns clairsemés, courts, une cicatrice derrière l’oreille droite, visible seulement de dos, due à un accident de ski, dentition (je la précise bonne, mais, si nous savions…).

Suivent les antécédents médicaux, dont l’appendicite (pour la cicatrice) et comportementaux : le port de son alliance (en or, toute simple), la tenue vestimentaire au moment de la disparition (je l’ignore), le véhicule susceptible d’être utilisé (seule Dina en possède un) et encore d’autres marques inexistantes chez lui, telles que tatouage, piercing, trouble d’élocution, sans oublier les adresses utiles et personnes qui pourraient être en relation avec lui (et, en ce cas, je ne vois que Sacha, l’amie de Dina qui était présente au baptême de la petite en mai 2010).

Il est 12 heures 45 ce 17 septembre 2013, moi, la déclarante, « […] persiste et signe le présent document. »

Notre policier prend le document imprimé, nous laisse deux minutes puis revient :

« Normalement, je n’ai pas le droit de vous le donner, mais, dans votre cas, voici une copie. »

Encore merci au brigadier C…. Il existe encore un homme dans la police capable de balayer une stupidité bureaucratique pour aider une victime et permettre la traque du coupable, ce qui semble tout de même la première mission de cette fonction publique.

De retour à l’appartement, nous reviennent en mémoire les comportements inadaptés du consul adjoint de Saint-Pétersbourg, de la responsable du service des disparitions inquiétantes au ministère des Affaires étrangères. Pierre rajoute plus ou moins élégamment la vieille formule des aviateurs : « Mort aux c…, vive la chasse ». Mon mari me surprendra toujours.

Répétons-le inlassablement : sans ce document, l’enquête sur la disparition de Christophe n’aurait pu démarrer légalement en Russie, et l’assassin coulerait des jours heureux.

Donc, merci encore à ce brigadier qui nous donna ce document, et transmit le procès-verbal à la BRDP [1], à la SLT [2] pour rédaction d’un télégramme à l’état-major DPUP [3] et au secteur, et avisa l’OPJ [4] de permanence au SAIP [5].

Avec tous ces services aux initiales déroutantes, nous sommes sûrement bien gardés, aidés, protégés.

Si notre brigadier en est la preuve, nous verrons plus loin, et bien longtemps après, ce qu’il en advint.

 

[1] : Brigade de répression de la délinquance contre les personnes.

[2] : Section locale de transmission d’arrondissement.

[3] : Direction de la police urbaine.

[4] : Officier de police judiciaire.

[5] : Service de l’accueil et de l’investigation de proximité.

UN AVOCAT EN RUSSIE

Ékatérina Sologoub

 

Trouver un avocat pour une telle affaire ne serait pas aisé, même en France. En Russie, sans aide ni moyens, force était d’improviser.

Aujourd’hui encore, comment comprendre les raisons qui nous poussèrent à choisir notre avocat dans une liste de parfaits inconnus, sans photo pour nous influencer, ni présentation attirante. Seulement son profil professionnel. Oui, pourquoi, persuadés de la nature criminelle de l’affaire, choisir un spécialiste en droit de la famille ? La réponse est simple : parce que le crime, pour nous, ne faisait aucun doute. Notre seule question tenait à son ampleur et à sa gravité. Adultes, ayant à gérer un drame familial, une seule piste nous gouvernait : « l’enfant d’abord ». Nous dirigions nos pensées vers la petite Christina, espérant de tout notre cœur, qu’elle au moins pourrait échapper à une catastrophe, et qu’un avocat de la famille serait sa meilleure chance, si…

Ainsi nous prenons contact avec Me Sologoub, notre avocate, qui devait devenir notre amie Ékatérina. Notre premier courriel daté du 11 septembre 2013, résume les faits, et pose les conclusions :

« Si la pure logique oblige à étudier toutes les hypothèses, certaines paraissent peu vraisemblables :

  • la volonté de rompre toute attache familiale est exclue,
  • La volonté de disparition fonctionnelle ou physique est également inenvisageable : cela aurait été contre ses convictions, contre son attachement paternel très fort pour la petite Christina dont il s’occupait énormément (en témoignent les progrès en français étonnants de la petite, la fierté éloquente du papa l’accompagnant à l’école, la relation affectueuse envers son père),
  • Restent toutes les causes de maladie, d’accident ou d’agression par lesquelles une personne peut être privée de liberté ou de vie. […].

La question fondamentale et première est donc de savoir si M. Sion a ou non quitté le territoire russe. Cette réponse est de première urgence et dépend donc des autorités russes. »

Le 14 septembre 2013, Me Sologoub nous répond qu’il est obligatoire d’entamer une procédure après des services de police en parallèle dans les deux pays, d’origine et de résidence, faute de quoi aucune action ne serait possible [1].

Ignorant ce détail de procédure, nous n’avions pas contacté la police française, persuadés que l’affaire se développait en Russie et qu’il était urgent d’y faire porter nos efforts.

Encore et toujours, nous multiplions les appels vers les différents téléphones de la famille, avec pour seuls résultats de la musique ininterrompue, ou un message en russe incompréhensible pour nous, appels par Skype sans réponse, aucune nouvelle de Dina après le premier message que nous considérons toujours comme douteux.

Le 16 septembre nous envoyons à Me Sologoub la procuration nécessaire pour nous représenter auprès des autorités russes administratives et policières.

[1]: Encore un renseignement dont nous déplorons l’absence lors de nos échanges consulaires, et que nous portons à la connaissance d’un quelconque responsable du site actuel, si toutefois…

 

CONSULAT DE SAINT-PÉTERSBOURG, SEPTEMBRE 2013 (SUITE)

Voici la suite de notre conversation téléphonique du 11 septembre 2013 avec le consulat de Saint-Pétersbourg. Je rappelle les remarques initiales de l’article précédent sur le “monde” qui sépare notre correspondant de septembre 2013 et notre équipe actuelle.

 

Le téléphone est passé sur une autre ligne. Une minute plus tard, l’entretien reprend avec un nouvel interlocuteur.

Une fois de plus Pierre se présente (nom et profession, téléphones déjà donnés, adresse internet, etc.), puis explique les raisons de notre extrême inquiétude : la situation professionnelle, familiale, les habitudes, nos relations, les révélations du vieil ami, en bref, notre témoignage concernant cette disparition totale.

Le ton de mon interlocuteur fait plus professionnel, mais aussi plus incisif que celui de son collaborateur. Il se veut homme d’action :

« […] On va faire plus rapide, Monsieur, qu’attendez-vous du consulat général de France ?

Tiens ! Enfin, une oreille attentive ? Pierre ose demander si le consulat général de France peut vérifier si Christophe Sion est toujours vivant, ou s’il est parti du territoire russe.

C’est les montagnes russes, mais en version consulaire ; après une montée rapide, la descente :

« Et comment-voulez-vous qu’on fasse cela, Monsieur ? »

Maintenant, Pierre suggère les services d’un office quelconque, un service ad hoc. Il n’aurait pas dû. La voix, de plus en plus professorale supérieure l’informe que ces données ne sont transmises que lors d’une affaire judiciaire, que cela échappe au consulat, et « il ne s’agit pas du territoire français. »

Ah ! Au moins nous aurons révisé notre géographie. Mais, puisqu’une perche judiciaire est tendue, Pierre la saisit :

« Dans ces conditions, vous me dites qu’il faut mener une opération, quelque chose du domaine de la police judiciaire. C’est bien cela ? »

Une fois encore, nous pourrions croire à une éclaircie dans le brouillard, car après une nouvelle leçon de géographie politique, un renseignement arrive: 

« Si quelque chose doit être fait, c’est auprès des autorités russes, mais pas auprès des autorités françaises. »

« Alors comment pouvez-vous m’aider ? »

Cette demande d’aide, Pierre n’arrête pas de la formuler. Une fois de plus, il va avoir la réponse bateau :

« […] Ce que nous pouvons faire, et je le ferai bien volontiers, c’est de le contacter par email, ou éventuellement le contacter par téléphone, avec les moyens qui nous ont été donnés par cette personne, et uniquement cela, rien d’autre, Monsieur. »

Fermez le ban. Rompez. Le professeur est devenu adjudant (version Flick de Courteline). Il avait évoqué « quelque chose auprès des autorités russes », ce qui reste bien vague, inopérant, et loin de tout début d’aide réelle. Peut-être a-t-il eu peur d’aller plus loin ? Ou ne savait-il plus trop quoi dire ? Le disque rayé a repris. Alors, Pierre se dit qu’il ne risque rien à relancer le débat ?

« Vous ne pouvez pas aller voir sa femme et lui demander ce qui s’est passé ? Quand est-il parti ? Rien que “Quand est-il parti ?” »

Maintenant nous savons ce que nous risquions. L’interlocuteur se lance : le film catastrophe, la séquence inversée de l’agent diplomatique consulaire russe venant chez moi, en France, pour me demander où est mon épouse russe.

Et après avoir écrit le scénario, il fait l’acteur :

« Vous n’imaginez même pas la réaction que vous auriez. Moi je peux vous le dire… »

Le bonhomme a manqué sa vraie carrière : mauvais scénariste, ou mauvais acteur, ou les deux. C’est pourquoi Pierre entre dans le film :

« Non vous ne pouvez pas le dire. »

Mais l’autre est trop pris dans son rôle pour écouter, il est lancé dans la tirade qui mêle son numéro improvisé et sa fonction consulaire :

« Mais on n’a rien à vous dire Monsieur, en plus, sachez que tout ceci relève de la vie privée, c’est un principe de base là encore dans notre fonctionnement républicain, je n’entre pas dans la vie privée, sur simple demande d’une personne tierce, par ailleurs. »

Cette fois, il faut vraiment aller plus loin. Certes, Pierre est le seul à parler, mais moi j’écoute. Je suis trop émue pour tenir le coup face à ces « portes de prison » qui s’ignorent. Je suis obnubilée par le fait que notre famille ne donne plus aucune nouvelle, non seulement Christophe, mais aussi Dina, sa femme, et la petite Christina.

Pierre revient à la réalité … si toutefois ce genre de personnage peut y être sensible. Il explique que je risque de craquer – moi, c’est-à-dire la sœur – et redemande une aide car, dit-il : « Je ne suis pas un juriste mais j’ai quand même l’idée qu’un consulat doit aider les Français à l’étranger. »

Et là, l’extraordinaire du culot atteint son extrême :

« Ah mais bien sûr, nous aidons tous les Français effectivement qui sont en difficulté. »

Et si encore, il s’en tenait à sa leçon bien apprise ! Mais non ! Monsieur le professeur de géographie politique, de cinéma, verse tout de suite dans la psychologie :

« Actuellement, l’exposé que vous me faites ne fait montre d’aucune difficulté éventuelle rencontrée par ce monsieur. Ce sont simplement des suppositions de votre côté, ce que je peux comprendre, la distance, l’éloignement ne fait qu’amplifier effectivement les angoisses, il y a des scénarios qui ont peut-être… »

Une fois de plus, les « suppositions » ! C’est déjà irritant en soi, surtout avec le ton supérieur.

C’en est trop ! Ce que Pierre craignait arrive. Face à ce déluge d’inepties et de manque de compréhension élémentaire d’une situation dramatique, je craque. Je prends la parole, ou plus précisément, ma voix rompue par l’émotion et les pleurs qui montent se fait suppliante :

« Monsieur vous ne comprenez pas, on était en contact tout le temps, régulièrement, là il n’y a plus rien, plus rien, plus rien du tout, il ne répond plus aux mails, il a disparu, vous ne comprenez pas… » et je suis vaincue par mes pleurs.

Alors, là-bas, de son bureau de chef, le manque de psychologie continue :

« Madame, vous m’excuserez, je comprends votre douleur, je comprends effectivement votre comportement et votre perte de contrôle surtout, mais ce que je vois c’est qu’il y a effectivement une situation matrimoniale entre ce monsieur et son épouse qui est délicate. On peut imaginer, plutôt que d’imaginer le pire, on peut penser que leurs relations sont si tendues que le quotidien de l’un et de l’autre leur font totalement oublier les habitudes. »

Décidément, il y a des remises à niveau professionnelles qui s’imposent. Évidemment, toujours débordée d’émotion, je ne peux que reprendre :

« Mais non Monsieur, parce que c’est ça qui dure depuis un moment c’est pour ça qu’il loge à Moyka, c’est ce que nous a dit son ami qu’il appelle toutes les semaines, à qui il s’est confié. En appelant Moyka on n’a pas de nouvelles parce que de Paris, quand j’appelle Paris, je sais que son numéro est relié à son appartement de Moyka et on n’a plus de nouvelles. (bruits de paroles derrière que peut-être je préfère ne pas comprendre) on n’a pas de nouvelles, vous ne comprenez pas ça… ?

Et une couche de plus de bêtise à tendance hiérarchique :

« Madame, baissez un peu le ton s’il vous plaît, Madame ! »

Je m’effondre. Ailleurs, le goujat mériterait une leçon. Au téléphone, il va au moins sentir le vent du boulet que Pierre lui balance :

« Non, écoutez, c’est vous qui allez baisser le ton ! »

Il n’a pas l’habitude qu’on le renvoie dans ses buts, le petit monsieur habitué au « cirage de pompes ». Il se calme aussi vite qu’il s’était cru capable de donner des ordres :

« Je voudrais simplement qu’on essaye de parler simplement et intelligemment. »

Pierre lui rappelle les fondamentaux :

« Alors Monsieur, si on commence intelligemment, il y a plusieurs choses. Premièrement, j’ai eu la politesse de me présenter, j’aimerais que vous ayez la même relation. Ça c’est une chose. »

« Je suis M. B…, je suis consul adjoint ici. »

Eh bien ! Enfin ! La prochaine fois, peut-être saura-t-il se présenter ? Pierre continue :

« Deuxième chose, vous avez employé le mot supputations, je ne suppute rien, j’offre à votre raisonnement des faits. Nous n’avons plus aucun contact avec une personne qui professionnellement doit avoir des contacts. Imaginez que le consul de France soit brutalement injoignable pendant un mois, qu’est-ce que vous diriez ? »

« Étant son proche collaborateur, mais la situation ne se présente pas, il est évident que nous prendrions des mesures. »

« Eh bien voilà, c’est ce que je vous demande. »

Croyez-le si vous voulez, il relance son disque rayé :

« … Mais pas des mesures juridiques, Monsieur… Essayez de comprendre parce que ça devient un peu pénible. [Parlant de pénible… !] . Je vous rappelle que nous ne sommes pas officiers de police judiciaire, que nous sommes sur un territoire étranger, et qu’en aucun cas un agent diplomatique du consulat est à même de mener une enquête qui s’apparente ni plus ni moins à une enquête judiciaire. Je suis navré Monsieur… »

« Alors aidez-nous à mener…

« Ce qui s’applique dans notre pays s’applique également en Russie. »

« Alors ma question est maintenant précise, voulez-vous nous aider à mener cette enquête judiciaire ? »

« De quel ordre Monsieur, de quel ordre ? »

« Eh bien je demande… »

« De quel ordre dans une enquête judiciaire… moi ce que je peux faire, éventuellement, c’est vous mettre en contact avec un avocat, sur place, ça, c’est possible ».

Ouf ! Tout ça pour en arriver là. Il suffisait d’une phrase. Elle ne doit pas exister en langage administrativo-consulaire, ou si elle existe, il faut l’extraire au forceps.

Mais la suite est encore plus explicative, de la part de cette personne qui affirmait de toute sa raideur, quelques minutes auparavant « aider tous les Français en difficulté ». Comme nous avons au moins obtenu un début de réponse, Pierre tire la ficelle :

« Bon ! »

La prudence bureaucratique reprend le dessus :

« Il s’agit là encore d’une affaire privée, Monsieur. »

Pierre ignore le brouillage et poursuit :

« Cet avocat peut nous aider à nous mettre en relation avec les personnes adéquates qui peuvent lancer une opération judiciaire. »

« Je suppose, je suppose… »

« Bien, j’imagine que cet avocat parle français, je ne parle pas russe. »

« Ah, oui, bien sûr. »

« Bien, quel autre moyen avez-vous de nous aider ? Par exemple avez-vous un numéro de téléphone à qui nous pouvons téléphoner, justement pour la partie policière russe ? judiciaire… à part l’avocat ? »

« Non je ne vois pas. »

Et comme il doit comprendre qu’il perd pied, croyez-le ou non, il ose recommencer :

« Bien, je vous dis. La seule possibilité que nous avons est d’essayer de contacter l’intéressé par les moyens que lui-même nous a confiés, puisqu’il est inscrit au registre du consulat de France, je crois, c’est-à-dire son adresse postale, son adresse éventuellement email, et un éventuel contact téléphonique. Au-delà de cela, Monsieur, l’entrée dans la vie privée des gens, et je suis désolé, nous sommes fonctionnaires de l’État français, et nous devons respecter, tous autant que nous sommes, et nous en premier, les règles républicaines ; en aucun cas je n’interviendrai plus avant dans la vie privée d’un tiers. »

« Bien, je prends note de cela. Pouvez-vous nous donner les références de cet avocat, s’il vous plaît ? »

« Alors, je ne les ai pas sous la main. Si vous voulez bien m’envoyer un email ce sera plus rapide dans ce cas. »

« D’accord. »

« Je vous répondrai par email. »

« Je prends votre email. »

Le ton est redevenu normal, mais, pour être franc, Pierre y a mis du sien. La chaudière commençait à bouillir. On pourrait croire que la conversation s’arrête là. Pas du tout. Elle reprend plus apaisée, mais tout aussi bloquée dans le fond.

Monsieur le consul adjoint précisera que si Christophe vient lui faire part de menaces, ou de craintes, il le recevra, pourquoi pas, mais vraiment « à titre informatif » car « nous sommes dans un territoire étranger sans prérogatives judiciaires et policières. »

Peut-être sommes-nous bêtes à ignorer encore la localisation russe de Saint-Pétersbourg ? Mais gardons un des meilleurs moments psychologiques pour la fin, et redonnons la parole à notre consul-adjoint.

« Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise, Monsieur ? Ma carrière m’a permis malheureusement de constater que même les gens les plus sages et le plus respectables font parfois des choses, absolument incroyables. Et là encore par expérience je ne m’arrêterai malheureusement pas à votre appréciation de la situation. Tout peut arriver, tout. Vous parlez d’un problème matrimonial majeur, vous ne pouvez pas savoir ce que les gens, qui restent des êtres humains, quels que soient leurs situations professionnelles peuvent effectivement faire dans de telles circonstances. »

Au point où nous en sommes, il faut bien que Pierre lâche la vapeur. Il lui explique qu’il a professionnellement participé à beaucoup de cas psychiatriques, et qu’il sait que tout est possible.

Le consul adjoint croit tenir sa victoire :

« Voilà, vous entendez. »

Alors, en l’amenant sur un autre terrain, Pierre reprend la main. Sans négliger la possibilité d’un raptus à implications judiciaires, il dresse un tableau factuel de la situation, associé à un schéma psychologique de Christophe, pour conclure qu’il ne peut s’agir que d’une disparition inquiétante.

Moi, je me suis assez calmée pour enfoncer le clou : Christophe m’avait dit qu’il ne se déplacerait pas avant le 13 novembre, l’anniversaire de Christina, auquel il tenait à participer. Tout se combine pour dire qu’il a disparu.

Après les différentes formules de politesse – aussi consensuelles qu’hypocrites – nous coupons la communication, et je manque m’effondrer.

 

Aujourd’hui, en 2019, je ne peux reprendre certains passages de cette communication sans que l’émotion ne renaisse.

Après mûre réflexion, nous avons tenu à la reprendre de façon aussi détaillée que possible pour différentes raisons.

Je rappelle notre ligne de force : décrire l’histoire naturelle d’un crime mettant en jeu des pays et des nationalités différentes.

En ce sens, nous sommes parties prenantes… prenantes de coups dans la figure… et ils ne nous ont pas manqué.

Il est extravagant de constater à quel point l’appel à l’aide consulaire dans un cas très grave, dramatique, entraîne toute la série des dysfonctionnements possibles :

  • La non-réponse,
  • Le mépris,
  • Les tentatives de « noyage de poisson »,
  • Le « passage de patate chaude »,
  • Le verbiage bloquant,
  • Le ton docte et lointain de celui qui sait et fait sentir combien on le dérange,
  • Les fautes psychologiques,
  • L’impolitesse,
  • L’incapacité ou la non-volonté d’apprécier la situation à sa juste valeur

En pratique, la bonne réponse tenait en deux phrases :

  • Il faut prendre contact d’urgence avec un avocat russe qui sera votre correspondant sur place,
  • Parallèlement, porter plainte en France

Nous aurions aimé entendre ces deux phrases avec un minimum de compréhension humaine.

Si Pierre a réussi à extirper le mot avocat au consul adjoint, l’information sur la plainte à la police française manquait.

Il aurait même suffi que ces deux phrases soient écrites sur le site du consulat français de Saint-Pétersbourg.

On y trouvait bien une rubrique intitulée aide, et même les noms et adresses de quelques avocats bilingues. C’est d’ailleurs sur cette liste que nous choisirons notre avocat.

Aujourd’hui, le site a été modernisé :

  • La rubrique aide n’existe plus,
  • La liste des avocats, et même des interprètes a disparu,
  • Les deux phrases les plus pratiques expliquées ci-dessus brillent par leur absence.

Au moins, d’une certaine façon, c’est dit :

Manant ! Passez votre chemin !

Et le courriel que nous recevrons, modèle de diplomatie prestidigitatrice, conclura cet échange sans jamais rien apporter de concret.

PS : Pardon pour l’image de “l’adjudant Flick”. Les vrais adjudants, formés à la dure école de l’armée et servant le pays, méritent notre respect.