LE MINISTÈRE ÉTRANGER AUX AFFAIRES

UN NOËL DE MINISTÈRE

UN NOËL DE MINISTÈRE

 

Ce titre n’est pas un jeu de mot, c’est une triste réalité que nous dévoile le dernier courrier reçu de Mme Fanny Demassieux, chef de cabinet du dit ministère. Comme cadeau de Noël, surtout s’agissant du sort d’une petite fille, il y a mieux. Mais faute de grives, dépouillons le merle.

Certes, cet écrit est d’une autre tenue que ceux émanant des occupants des cabinets du président de la République et de son épouse. On écrit comme on peut, et une lettre est bien souvent un voile qui tombe. Cette dernière est donc à mettre au-dessus du panier, héritage de la diplomatie et de ses élégances. Il y est question de notre désarroi, de mesure et de déploration de la situation humainement douloureuse que nous vivons.

Bel augure que cela ! Bel augure, mais combien limité. Car les élégances de la diplomatie du  jour masquent mal sa décrépitude. Car le problème n’est pas notre désarroi, ni la mesure du dit (avec quel étalon ?) mais bien la situation dramatique dans laquelle se trouve Christina.

Suit le morceau de bravoure : “En vertu des règles de la séparation des pouvoirs exécutif et judiciaire, d’une part, et du respect de la souveraineté des États, d’autre part, les autorités françaises ne peuvent…”

Ça recommence. Depuis plus de six ans nous apprenons — braves petits écoliers incultes que nous sommes — que les pouvoirs sont séparés et que la Russie n’est pas en France. Ah ! Comme nous sommes têtus de ne pas comprendre cela.

Oui mais… J’ai lu Montesquieu, qui ne parlait pas d’une séparation étanche de pouvoirs cloisonnés jusqu’à rendre incohérente la vie de la nation et imposer le coup d’État comme seule solution de sortie. Montesquieu n’était ni un rêveur ni un imbécile, au point que le mot “séparation” n’apparaît qu’une fois dans ses textes. Qu’il faille, “limiter le pouvoir par le pouvoir”, c’est-à-dire établir des contre-pouvoirs est une évidence vitale qui dépasse le seul cadre humain. C’est le principe basique grâce auquel la vie ne consiste pas en un seul type cellulaire, une seule plante, un seul animal. Et comment imaginer que ces contre-pouvoirs ou para-pouvoirs, possèdent une quelconque possibilité d’action non dévastatrice s’ils étaient complètement séparés du pouvoir qu’ils sont censés limiter ? Comment éteindre un incendie si on le sépare complètement des produits qui peuvent maîtriser le feu ? On laisse tout brûler ? Alors, autant supprimer les pompiers. Idem pour la police, etc.

Concernant Christina, nous parlons de types de relations de pouvoirs.

En Russie, une corruption de la justice dans ce coin perdu de Sibérie met en danger la vie d’une petite fille. À ce niveau du raisonnement, qu’elle soit française ou russe ne change rien. Il s’agit d’une affaire à régler en urgence, de la même manière qu’aucun pompier n’attend la décision d’un juge pour éteindre un incendie, qu’aucun policier n’attend un quelconque papier légal pour sauver une vie. Le juridique est impuissant en ces deux cas. Cette impuissance en fait un complice objectif de l’incendiaire ou de l’assassin. La sécurité de l’enfant passe donc par une action “exécutive d’urgence”, quitte à ce que le juridique, de par sa lenteur, soit relégué au second plan. Cela, c’est le domaine du président Poutine. Le pouvoir le plus rapidement efficace doit précéder sinon prendre la place du pouvoir défaillant.

En France, il est bien entendu que “les autorités françaises ne peuvent, malheureusement, s’immiscer dans les procédures engagées auprès des juridictions russes pour statuer sur l’adoption et le retour de Christina en France ou sur son placement dans une famille d’accueil russe.” Vous avez, Madame, eu la délicatesse de placer ici l’adverbe malheureusement. Bien ! Mais là encore, de quoi parlons-nous ?

Entre “s’immiscer” et défendre la vie d’une petite fille française, il y a la distance qui sépare un bon mot d’une bonne action. La bonne action, c’est la persévérance et la pugnacité de l’équipe diplomatique de Moscou qui tente la persuasion maximum. Et si aucun des diplomates qui vous ont précédée ne s’était “immiscé” dans les affaires de bien des pays environnants, la France eût peut-être subi le devenir de La Peau de chagrin.

Mais revenons à Christina. Vous évoquez “les autorités françaises”. Oubliez-vous l’autorité suprême, à savoir le président ? Selon vous, le président français ne pourrait discuter de cela avec le président russe ? Seriez-vous en train de préparer un double coup d’État franco-russe, dépouillant l’un et l’autre de leurs prérogatives ? Est-ce comique ou tragique ?

Nous avez-vous bien compris, bien lus, Madame ? Nous avons l’impression que les petits écoliers que nous sommes doivent reprendre la maîtresse. Le seul problème est que la vie d’une enfant est en jeu.

Nous parlons de négociation entre présidents, c’est-à-dire de non-séparation, de coopération des pouvoirs exécutifs, dans une situation où chacun d’eux aurait intérêt et devoir à réparer l’égout à ciel ouvert qui empuantit le ciel de Khabarovsk, et dont les émanations portent au-delà des frontières… à moins qu’une fois de plus, les nuages ne s’y arrêtent…

Ah ! Je pense avoir franchi les limites des élégances, lesquelles veulent des pince-nez dorés et estampillés aux normes bureaucratiques. Eh bien, tant pis ! Car telle est la réalité. Cette affaire pue ! Car la corruption pue ! Et s’il y a une situation qui pue davantage que la corruption, c’est la corruption tolérée.

Alors, répétons autant de fois qu’il le faut. Nous demandons de suivre intégralement les principes de coordination des pouvoirs dans chacun des pays :

  • Que le président Macron suggère au président Poutine de considérer Christina sans s’en défausser vers les lenteurs du système et qu’il la fasse extraire en urgence de ce nid de frelons
  • Que Christina soit placée en urgence dans un foyer d’accueil véritable (c’est conforme à la loi russe) et deux familles sont déjà volontaires
  • Que le processus légal d’adoption soit repris (donc que les corrompus de Khabarovsk en soient exclus : juge d’appel et service de tutelle, mère assassin déchue de ses droits retrouvés par corruption, et tutrice déchue de son titre acquis par “kidnapping légalisé).
  • Autrement dit, la loi, toute la loi, rien que la loi russe.

Mais je reviens à la coopération des pouvoirs et non à leur séparation abusive. Sinon comment expliquer le retour en France des enfants de djihadistes ? Comment expliquer l’arrivée en France de familles et enfants de  Yézidis ? Je ne dis pas qu’il ne fallait pas, je dis que cela a été fait par des traités qui ont bien dû piétiner quelques frontières entre pouvoirs, quelques décisions judiciaires intempestives. 

Alors, Christina vaut-elle moins que ces enfants ? N’a-t-elle pas été assez punie par l’assassinat de son père, par une mère qui lui a volé et violé son enfance, par une grand-mère malade de haine qui joue de l’assassinat psychologique comme d’autres du tambour, par la présence du grand-père démembreur de son père ?

Faut-il que Christina soit l’oubliée, l’évacuée du système, une fois de plus, comme la pauvre petite chose qu’elle est et qu’elle devrait rester ? Ne pleure pas, Christina, tu déranges le sommeil des grands de ce monde ! Ne bouge pas, Christina, tu n’appartiens pas à la bonne catégorie ! Tu ne “coches pas toutes les cases”.

Alors, Monsieur Macron ? Alors, Monsieur Poutine ? Un bon geste vous honorera et vous gratifiera. Cela s’appelle l’autorité bienveillante, celle qui veille bien au bien.

Joyeux Noël, fête de l’Enfant !

 

 

 

 

 

Commentaire (4)

  • BLANC MARIE| 24 décembre 2019

    J ai moi même un fils à Los Angeles dont les 2 enfants ont été kinnapes par leur maman bipolaire sans emploi grâce à un procès malhonnête ,mon fils étant le parent legal.Natalie à réussi à le chasser de sa maison en indisposant les voisins par des scandales à répétition. Il a perdu son travail.Il commence à se reconstruire grâce au réseau main DS la main du consulat français de L A.J habite la résidence des Hameaux de la roche comme François Tari.Merci pour votre combativité cultivée.

    • PIERRE| 24 décembre 2019

      Bonjour Marie,

      Los Angeles, Khabarovsk. À deux points extrêmes de Paris, des similitudes, des brisures, des drames, avec, en plus, les difficultés des différences de cultures, de systèmes. Tout apparaît merveilleux en ces mirages lointains. Mais comme certains mirages se brisent et nous brisent lorsque nous approchons de la réalité qui les nourrissait. Heureusement, il y a des situations plus heureuses. Cela ne nous console pas, car elles appartiennent à un ailleurs dont nos drames personnels nous éloignent. Ce qui soutient, ce qui maintient, c’est le sens de la résistance. Ce n’est pas facile, c’est même épuisant pour des êtres qui n’envisageaient qu’une heureuse tranche de vie, enfin ! Et l’autre frappe, comme le destin, comme un marteau. Et ça fait mal, et il faut serrer les dents, se protéger, revenir dans le combat inattendu de cette tranche de vie. Votre fils commence à se reconstruire. Il a des aides. C’est fondamental. Un jour il sera plus fort, parce qu’il aura payé le prix de cette nouvelle force. Et il arrivera cet étrange pensée que le malheur nous a apporté un renouveau plus riche. Mais cela se vit, cela est trop personnel pour être facilement partageable. Quant aux enfants… l’inconnu est devant eux, mais comme il part vers une direction difficile !
      Le soleil luit toujours quelque part. Ce matin, mon rayon de soleil de notre affaire, c’est votre dernière phrase, ce merci pour notre “combativité cultivée”. J’ai l’impression de vous avoir apporté quelque chose que vous rendez au centuple et qui nous encourage. J’aime votre expression heureuse par son double sens. Oui, je suis ce qu’on peut appeler un homme cultivé, pas un “intellectuel”, mot remâché par les cuistres, vide de son vrai sens, car, depuis que l’humain habite cette terre, son “intellect”, son intelligence, n’a cessé de s’y développer. En sorte que nos “intellectuels” à la mode ne le sont pas plus que nos ancêtres néanderthaliens. J’aime votre expression car elle corrige et enrichit le sens de la combativité et celui de la culture. Dans mon métier, dont l’aide aux autres est fondamentale, la combativité est nécessaire. Mais, une fois cultivée, rapprochée de notre culture commune et de notre culture personnelle, c’est-à-dire de notre tentative d’adapter notre intelligence à notre civilisation, sans se laisser tromper par la “bisounourserie” ambiante, nos forces redoublent contre l’agression des brutes. C’est notre cas, et, j’ose espérer, dans une moindre proportion, celui de votre fils, au sujet de qui votre commentaire montre votre proximité.
      Dans le cas spécifique, puisque votre commentaire vient après ma réponse à ce chef de cabinet, il fallait de plus une certaine culture, c’est-à-dire, une certaine quantité de connaissances préalables, pour montrer toute l’inanité de son courrier, pour dévoiler ses fautes de raisonnement, à moins qu’il ne s’agisse d’ignorance ou de mensonges, le pire étant qu’un de ces choix n’exclut pas les autres. Mais il fallait rester dans le cadre de la loi, ne serait-ce que pour ne pas donner prise à quelques représailles légales de la part de certains personnages drapés d’indifférence et de peur pour leur carrière. En réalité, il en est de si méprisants qu’ils ne comprennent même pas — ou ne veulent pas admettre — que nous leur apportons une situation et une solution qui pourrait les faire briller d’une nouvelle aura. Mais, ceux qui ont tellement souvent le mot “frilosité” à la bouche sont gelés jusqu’à l’âme. Ceux qui veulent nous donner des leçons tronquées du haut de leurs perchoirs veulent oublier qu’ils ne les tiennent que par l’accord d’une nation. Ne généralisons pas, mais n’oublions pas non plus notre expérience du terrain. Au bout de plus de six ans de combat, la nôtre n’est pas mince, et nous donne le droit de parler haut, fort et clair. Peut-être est-ce aussi votre cas. Alors merci pour cette expression “combativité cultivée”. Je la prends comme un riche cadeau et un devoir à partager avec le plus grand nombre.

      Pierre

  • CHARRIERE| 24 décembre 2019

    Tout ceci n’est qu’écoeurement ! Une petite fille face à tant de lâcheté !!!!
    Ne nous parlez pas de la “justice russe” Le Président POUTINE a tous les
    pouvoirs pour sauvegarder cette petite Christina de l’enfer dans laquelle elle vit. Bougez vous les représentants de l’autorité Française, pas besoin de caviar à Noël, ni foie Gras, ni Homards, seulement un accord pour extraire cette petite fille des griffes de ces assassins. Avez-vous pensé Mrs et Mmes
    qui sont aux responsabilités, Et si c’étaient vous dans cette terrible situation ???
    Quelle courage et quelle volonté de la part des grands parents FRANCAIS, on vous admire.

    • PIERRE| 24 décembre 2019

      Merci tant et plus de montrer votre “agacement” relatif aux inactions de notre gouvernement. Ils n’ont aucune excuse, surtout quand on sait que notre équipe diplomatique sur place fait son maximum et amène toutes les preuves de ses témoignages directs. Jamais nous ne remercierons assez notre ambassadrice, Mme Sylvie Bermann et toutes ses équipes pour leur travail de terrain. Faudra-t-il en venir à conclure que l’équipe parisienne en place ne veut pas défendre une petite fille française ? Nous commençons à le penser. Alors, quand on ne défend pas une petite fille française, est-on qualifié pour défendre la France ? Assez de leurs discours ! Il leur faut passer aux actes ! La façon dont Christina est maltraitée par les uns et non défendue par les autres nous amène à ces réflexions tristes. Et si certains se plaignent, s’étonnent ou s’indignent de ne pas être justement appréciés, il leur reste peut-être des miroirs pour s’y regarder. Pour Christina, nous allons le leur faire savoir.

      Pierre et Barbara

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