ÉTAT DES LIEUX EN RUSSIE FIN SEPTEMBRE – DÉBUT OCTOBRE 2013

 

LE 29 SEPTEMBRE 2013

Le dimanche 29 septembre 2013 j’envoie un courriel à Dina pour lui demander où en sont ses contacts avec la police, car, « ici en France, rien n’avance ». Nous faisons les ânes pour avoir du son. Nous perdrions beaucoup à découvrir notre jeu par quelques questions évocatrices de nos doutes sur le rôle exact de Dina.

Mais impuissants en France, c’est vrai si je me réfère à l’absence de toute action policière suivant notre déclaration. Mais, c’est faux – nous ne le savons pas encore – car Dina se croit maîtresse du jeu et commet les erreurs fatales (pour elle). Notre tactique est gagnante, mais nous sommes dans le noir, notre moral plonge… et ce n’est qu’un début.

ÉTAT DES LIEUX EN RUSSIE AU DÉBUT D’OCTOBRE 2013

Nous avons réussi faire apparaître la partie émergée de l’iceberg. Mais la partie immergée ? Certes nous recevons par Me Sologoub des renseignements policiers. C’est une aide précieuse, morale et pour développer notre compréhension du crime. Mais ces renseignements sont incomplets. Nous le saurons plus tard. On craignait probablement que nous en fassions mauvais usage.

Il apparaît, en confrontant les éléments de cette époque et les témoignages du procès, que Dina mentait sur des points très importants, par exemple, la date présumée de son dernier contact avec Christophe. Autre point plus qu’étonnant : lors de la première audition à la police elle affirmait ne pas avoir les clefs de l’appartement de Christophe à Moyka, mais quelques jours après elle admettait l’avoir donné en location, ce que nous ne saurons que plusieurs mois plus tard.

De même nous comprendrons après pourquoi, ayant d’abord prétendu que Christophe était venu la voir à Tverskaya le 22 août, elle changea de version et déclara qu’il était venu jouer avec Christina le 23 avant de partir au Luxembourg, « par l’Allemagne, comme toujours » inventait-elle.

Dès le début, le jeu de Dina consistait à accumuler les mensonges par omission et brouillage. Elle y ajoutait rapidement la diversion : l’agent Lee lui ayant demandé de fournir noms et adresses de contacts, d’amis ou de collègues d’affaire, elle ne répondit pas. Ensuite, elle entrera dans le domaine de l’invention et de l’invraisemblance à un niveau difficilement croyable.

Pour l’instant, nous subissons cette partie de poker menteur. Un souvenir me revient. En 2013 il était question de Gérard Depardieu parti s’installer en Russie. Christophe et moi plaisantions, comme souvent. Une idée un peu sotte me vint, me référant à la distraction préférée de notre père, décédé en 2005 :

— Tu pourras jouer au bridge avec Depardieu, Poutine et Serguey (une relation d’une amie de Dina).

Et lui, qui ne connaissait que les bases du jeu, me répondit :

— Oui, je ferai le mort.

Mon pauvre frère… oui, il devait faire le mort, et ce n’était pas un jeu.

Aujourd’hui je peux au moins écrire cette phrase, bien qu’avec un pincement au cœur, mais à cette époque, ce souvenir, intolérable, avait bien heureusement disparu dans un profond repli de ma mémoire. Quant à Depardieu, dans cette partie, il a bien joué le mort, plus tard…

 

Le 9 octobre l’enquête criminelle n’a toujours pas commencé en Russie, car on ignore si Christophe s’y trouve.

Nouveau coup au moral ! Pour nous, les choses sont simples : bien sûr qu’il faut commencer cette enquête, puisque Christophe a disparu de chez lui, D’ailleurs, à quoi ont servi les auditions de Dina, sinon à montrer d’inquiétantes zones d’ombre ? Et Christina, où est-elle ?

Pierre n’aime pas du tout cette situation. Dans son étonnant mélange de logique et d’intuition, il me dit que quelque chose cloche. Les incohérences administratives, nous en savons quelque chose, mais là…

Me Sologoub doit aussi avoir un avis là-dessus, car elle nous suggère qu’éventuellement un détective privé pourrait travailler plus vite.

Sur notre réponse positive, elle doit se renseigner. Pour la première fois de notre vie nous voici prêts à louer les services d’un « privé ».

Quelques jours plus tard, une embellie, si j’ose le dire. Me Sologoub nous demande la pointure des chaussures de Christophe. Demande de la police, certes, mais pour quelle raison ? Renseignement complémentaire de principe, ou découverte ? Nous n’en savons rien. Je me précipite avec Pierre à l’appartement de Newton. Les premières visites n’avaient rien de réjouissant. Celle-ci est pire. Devant le meuble aux chaussures, je vacille, j’ai l’impression de violer son intimité, et en même temps je me représente l’usage auquel peut correspondre cette demande. Elles sont là, bien rangées. D’abord les chaussures de cuir noir très classiques, qu’il portait parfois, tellement bien cirées que je le taquinais, lui demandant s’il voulait bien s’occuper des miennes, mais sans aucun succès. Et les autres, plus pratiques, plus « sport », mais toujours élégantes. Je me hâte de noter le renseignement, 42, et je ferme ce placard. Pointure 42, des images défilent devant mes yeux, une multitude de pieds étiquetés…

Aujourd’hui encore, à sa simple vue, je ressens ce malaise, et Pierre garde en mémoire la démarche élégante de Christophe avec les mocassins de bonne facture qu’il portait la dernière fois en partant de chez nous.

 

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