DE NOUVELLES PISTES

LES JAMBES EN COTON

Cette matinée du 17 septembre 2013, si fructueuse soit-elle, elle, m’a éprouvée. J’ai les jambes en coton. Je pense à mes parents : « Heureusement, ils ne sont plus là pour subir cette nouvelle épreuve! »

Pierre est à mes côtés et me soutient. Sans lui, je serais complètement perdue.

La journée n’est pas terminée, et elle sera rude. Je dois retrouver des photos susceptibles d’aider la police russe. C’est assez facile, car, par habitude, tout est bien rangé dans l’ordinateur de Pierre. Dans le mien, c’est une autre histoire. Passons !

L’une d’elles montre Christophe de dos, avec la cicatrice de l’oreille droite. Bien sûr, nous ajoutons celles de Dina, de la petite Christina, et de Sacha, l’amie de Dina dont nous ne connaissons pas le nom, à tout hasard.

Pierre crée un dossier intitulé AFFAIRE CHRISTOPHE avec un classeur CHRONOLOGIE. Il s’enrichira de tous les sous-dossiers nécessaires. Nous ne savons pas encore à quel point. Aujourd’hui, son équivalent papier remplirait une bonne armoire.

Je vois que ses bonnes habitudes de travail reprennent le dessus : les informations se traitent en quatre étapes : ranger, analyser, synthétiser, conclure. Pour lui, ce crime devient un état morbide dont il cherche le diagnostic en repérant les symptômes et en demandant des examens. Sans être policier, il sait trouver son chemin dans ce dédale.

UNE DEUXIÈME FOUILLE À NEWTON

Toujours en quête d’informations complémentaires, nous devons nous rendre à Newton[1] pour recherches complémentaires, papiers ou autres indices.

C’est la deuxième visite à l’appartement de Christophe depuis sa disparition. La première fois nous cherchions des signes de vie. Cette fois nous cherchons des détails d’identification et d’autres éléments pouvant aider la police. Je me sens très mal à l’aise en fouillant dans ses affaires, mais il le faut, pour lui et surtout pour Christina.

Nous sommes dans le salon. Je me revois en avril 2013 jouer avec Christina au loup et au lapin. C’était ma première leçon de russe : le loup (prononcé volk) Christina, et le lapin Barbara (krolik). Nous courions dans l’appartement et, bien évidemment, étant krolik, « volk » m’a mangée un certain nombre de fois. Elle avait grand plaisir à écouter La Belle au bois dormant sur une musique de Tchaïkovski. Mon Dieu pourvu qu’elle soit vivante et indemne. Le pire… je n’ose pas l’exprimer.

Cette fouille est loin d’être aisée. Nous savons que nous fouillons les affaires d’un mort. Les discours inconsistants des interlocuteurs officiels reviennent en boucle, ajoutant à notre solitude. Leurs litanies me blessent, et irritent Pierre au plus profond de son être. Il ne supporte pas le sans-gêne, l’incompétence, et la mauvaise foi. Nous sommes gâtés ! Chaque fois, l’atmosphère est lourde, sans compter les possibilités inconnues. Si la famille a été victime d’un groupe organisé, un danger nous attend peut-être.

Ce jour-là, je trouve une nouvelle lettre du syndic concernant les travaux de l’immeuble. Il s’agit d’un appel provisionnel pour le quatrième trimestre 2013 et pour les travaux de ravalement. Le compte est maintenant débiteur de plus de 8000 euros.

Une fois de plus, je range ce papier en « poche restante » selon la vieille formule. Je suis loin, bien loin de ces détails financiers. Notre moral plonge chaque jour davantage. Dans ces circonstances, est-ce à nous de payer ? Au diable les comptes du syndic ! Comme je l’ai dit, nous ne le savons pas encore, mais notre attentisme en ce domaine crée un dossier complet de dettes qui entraînera un renversement fondamental de situation.

DES AMIES À LA RESCOUSSE

Mais la journée n’est pas finie. Le soir nous amène un coup supplémentaire.

Quelques jours auparavant j’avais évoqué la situation avec notre meilleure amie, Martine. Celle-ci, toujours aussi pétillante que dévouée, m’avait proposé de contacter l’une de ses amies, Anne-Marie, qui parle russe. J’avais acquiescé avec reconnaissance.

Anne-Marie avait elle-même appelé une de ses vieilles amies, russe, à Moscou, et celle-ci, avait lancé sur la piste une cousine qui se trouvait à Saint-Pétersbourg.

Étrange bande de pieds-nickelés direz-vous ! Eh bien, Anne-Marie nous téléphone le même soir. La cousine de l’amie russe s’est rendue à Tverskaya (l’appartement de Christophe et Dina). Elle n’a pas pu entrer dans l’immeuble, mais a réussi à parler avec un voisin. Celui-ci a vu Dina partir avec un homme qui n’était pas Christophe, après avoir chargé de lourdes valises dans une voiture dont la plaque n’était pas de Saint-Pétersbourg. Christina n’était pas avec eux. Le voisin rajoute qu’il y avait eu d’importants travaux dans l’appartement. Cela se passait quelques jours auparavant.

Ce film, la disparition de Christophe, les valises lourdes, le départ dans une voiture inconnue, et les travaux importants que nous savons inattendus et superflus, nous mène à des conclusions plus que macabres : Christophe a subi des sévices sur place, le corps, ses restes, ont été transportés dans ces valises, ou alors cachés dans l’appartement.

Voilà ce à quoi nous sommes arrivés, seuls, sans moyens, sans même avoir fait dépenser un ticket de bus à un quelconque employé consulaire, dont l’inaction nous reste encore en travers.

Sans attendre nous transmettons l’information à Me Sologoub, accompagnée de diverses photos de la famille. Bien entendu, elle, nous croit, et nous demande de lui envoyer immédiatement une double procuration sur papier simple, se chargeant d’officialiser le tout sur place.

Dès le lendemain elle sera à pied d’œuvre. Dans toute cette noirceur, le début d’une piste. Mais Christophe ? Mais Christina ?

Le sommeil qui n’était déjà pas satisfaisant devient franchement difficile. Nous ne le savons pas encore, mais, six années épuisantes de dossiers, de recherches, et de lourdes dépenses nous attendent, agrémentées d’insomnie, de déprime, de coups au moral.

[1]15 : En raccourci, l’appartement de Christophe, rue Newton à Paris.

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