À CHRISTINA, SI PAR MALHEUR…

Nous avons décidé de donner en première lecture quelques pages de la chronique tenue depuis presque six ans. Quoi qu’il arrive, nous la publierons en intégralité en temps voulu.

Aujourd’hui : À Christina, si par malheur…

 

Ma chère enfant, notre chère enfant,

 

J’ai du mal à commencer cette lettre, alors que nous venons d’apprendre ce jugement inique qui risque de nous séparer de toi pour toujours. Un juge irresponsable, pétrifié dans sa lointaine Sibérie, et plus encore par de sordides calculs a décidé de ton avenir en dépit de toute justice.

Je ne sais à quel âge cette lettre pourra te toucher, ni dans quelles conditions, mais je conserve l’espoir qu’elle ne te sera pas perdue à jamais.

Je ne veux pas te convaincre, mais je souhaite que tu te convainques. Ce n’est pas la même chose. On dit parfois qu’il n’y a pas d’amour sans preuves d’amour. C’est dans cet esprit que tu dois comprendre la chronique que nous avons tenue pendant plus de cinq ans.

Derrière chaque ligne, à propos de chaque épreuve, tu étais là, nous t’attendions. Tout a été accompli pour toi, qui le méritais tant. Rien n’a été posé sans amour.

Nous voulions te soustraire à cet abîme haineux qui t’entourait et qu’approfondissaient sans cesse ces monstres qui se prétendent une famille… ta famille !

Nous voulions te protéger, t’apporter le réconfort et l’amour auxquels tu avais droit, comme tout enfant.

Ce clan sordide ne l’a pas voulu.

Il va te falloir lire des faits désagréables. Tu pourras parfois te récrier : « Ce n’est pas possible ! ». Et tu seras tentée de fermer ce livre.

Mais tu y reviendras. Car, ton âme et ta chair connaissent la vérité, celle que tu as vécue.

L’enfant de trois ans et demi que tu étais n’a pas pu oublier l’horrible odeur du sang, puis du cadavre de son père, se décomposant pendant une semaine dans l’appartement où ta mère te tenait.

Tu as en toi une force qui ne demande qu’à rejaillir, malgré les contraintes innommables, les violences inhumaines que t’ont imposées ta mère et l’horrible couple de tes grands-parents Syssoev.

Il a fallu que tu survives.

Quand nous t’avons pris dans nos bras, en cette merveilleuse journée du 25 mai 2017, le bonheur était à portée de nos cœurs. Tu l’as senti, tu y as répondu par ton sourire, dans nos bras, et tu as failli gagner la partie.

Mais bien vite, les bêtes humaines qui te gardaient ont repris le dessus. Ils ont senti le danger, le pire danger : ta reviviscence, ton besoin éperdu de vérité. Peu importait pour eux ta vive intelligence, ta fraîcheur d’âme malgré le gros poids que portait ton cœur.

Ou plutôt si, tout cela leur importait tant, car tu n’étais pas de leur monde. Leurs prétentions crispées cachaient mal leur haine et leur cupidité. Haine envers nous, bien sûr, mais surtout envers toi, la plus fragile la plus intéressante pour eux. Car, sans cette haine, ils t’auraient protégée.

C’est pourquoi ils t’ont bien vite engluée dans ce torrent de boue, la boue de leur âme, s’il leur en reste quelque parcelle. Disons plutôt la vieille boue de leurs vies indignes.

Tu as fait ce que tu as pu. Tu étais prisonnière. Mais je n’oublierai jamais la lueur dans tes yeux, lorsque ton oncle Pierre t’a parlé de liberté, en ce triste jour d’octobre 2018. Un grand mot pour une petite fille. Garde-le bien vivant, ce message de celui qui aurait tant voulu être ton papa, pour remplacer ton vrai père, mon frère, qui t’aimait tant.

Cette liberté, tu la trouveras dans les lignes qui suivent. C’est celle de la connaissance et de notre amour. C’est celle de ces presque six ans pendant lesquels nous nous sommes battus pour toi, sans répit, sans relâche, mais non sans grande fatigue, ni sans peine, non sans cahots, non sans insomnies, non sans doutes, à la limite du désespoir, cherchant en nous le souffle pour ranimer l’espoir, alors que nous nous forcions à présenter au monde une bonne figure.

Lis et comprends.

Jusqu’à la fin de nos jours, nous t’attendrons.

 

                                                                           Barbara, ta marraine

Commentaire (4)

  • giroux| 6 avril 2019

    Très touchant votre poignant message, j’ai pleuré en lisant cette lettre.
    il faut garder espoir l’Amour est plus fort que la haine .
    Nous portons Christina dans nos prières et notre cœur

    • PIERRE| 13 avril 2019

      Chère Madame,

      Nous sommes très touchés par votre message. Depuis le début nous agissons sans haine comme nous l’avons exprimé au juge russe, mais nous voulons la justice, la vraie justice pour Christina qui est dans nos coeurs à tous.

      En union de prières

      Barbara et Pierre

  • Dominique AUBERT| 7 avril 2019

    C’est avec beaucoup d’émotions que je viens de prendre connaissance du formidable témoignage que vient de rédiger une nouvelle fois Barbara.
    Ce cri lancé doit nous faire entendre que le combat mené par Barbara et Pierre est non seulement juste, mais d’un immense courage, puisqu’ils font face à une injustice révoltante.
    Je leur apporte ici mon soutien sans faille.
    Soyez-sûr de toute ma sympathie.
    D

    • PIERRE| 13 avril 2019

      Cher Dominique,
      Nous avions échangé par téléphone il y a peu de temps et j’avais été profondément émue et touchée par tes paroles.
      Pierre et moi sommes bouleversés par ton message qui comprend parfaitement notre douleur, c’est bien un cri non pas de désespoir mais d’appel au secours à toutes les personnes susceptibles de rendre une vraie justice et non restituer des droits maternels à une mère dénaturée.
      Bien amicalement
      Barbara et Pierre

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